Bihin : La Reid-Brooklyn, un pas de géant PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Edmée De Xhavée   
Vendredi, 06 Août 2010 14:38

New York -

Qui n’a pas vu le géant Bihin et sa femme lors d’un cortège ou l’autre ?

Défilant de leur pas raide, le sourire repeint de frais, c’est sans bouger les lèvres qu’ils parlent de leurs vies gigantesques avec Tchanthès et Nanesse, D'joseph, Marie Doudouye, Pierre Di Tchesseau, Quiquine del Vi Tchestia et autres géants de notre folklore.

Pourtant en ce beau mois de décembre 1805, Jean Antoine Joseph Bihin était un bébé bien ordinaire. Puis il fut pour un temps un petit garçon somme toute ordinaire lui aussi, aux yeux clairs et cheveux châtains.

Et s’il a surpris ses parents et les autres villageois de La Reid, c’est qu’il poussait comme une mauvaise herbe, cet enfant-là. Toujours avec les manches et les jambes de pantalons trop courtes sous la croissance gourmande de ce corps qui se déployait. Avec de si belles proportions qu’il sera, des années plus tard, présenté comme l’homme le plus beau du monde !

Et quelle existence fascinante que cette grande, grande aventure de Jean Bihin. C’est que son statut de personnage de légende, il se l’est bien mérité. Car entre sa naissance à La Reid et son lieu de repos à Brooklyn (Cimetière Green-Woods, lot 21485, Section 173…), c’est un récit qu’Alexandre Dumas n’aurait pas renié.

Né à La Reid d’un papa cultivateur, sa nature enthousiaste et curieuse le porta à souvent changer de métier et saisir les opportunités au vol. Changeant de voie quand l’une ne lui plaisait plus. Certainement, sa force et sa prestance lui offrirent des chances peu banales parfois. Bûcheron, tailleur de pierre, tambour-major, brasseur de bière. Mais aussi cocher à Parme pour l’impératrice Marie-Louise d’Autriche qui certainement avait remarqué l’allure qu’il donnait à son équipage, cette montagne d’homme aux traits si bien ciselés. Brièvement cavalier à la cour de Russie en 1838. La rumeur dit qu’il aurait aussi été soldat dans la guerre civile aux USA et aurait fait de la promotion pour l’Union à la demande du département de la guerre, mais ce qui est confirmé, c’est qu’il donna quelques performances artistiques pour rassembler des fonds pour les familles des soldats blessés et leurs familles lors de cette même guerre.

 

Nous voici donc avec un jeune paysan que l’aventure appelle, et qui ne dit jamais non. En 1836 sa famille quitte La Reid pour s’installer à Verviers, et deux ans plus tard il trouve son avenir dans les cirques et foires. Il y sera lutteur, comédien, chanteur (Il a chanté avec Mrs Turpin Wallack à New York). Il est une célébrité. La vie de cirque l’enchante. Sous les noms fantaisistes de Géant Goliath, French Giant, Belgian Giant, Colosse du Nord, homme le plus beau du monde, il suit les chapiteaux en France, Allemagne, Suisse, Angleterre, et finalement l’Amérique avec le cirque Barnum où il trouvera aussi l’amour puisqu’il y épouse une Américaine qui lui donnera deux enfants.

 

 

 

Dans ses mémoires, Mr Barnum raconte qu’il travaillait, à un certain moment, avec un géant « français » nommé monsieur Bihin, et un géant arabe, le Colonel Goshen. « Un jour, Bihin et Goshen eurent une terrible querelle. L’Arabe traita le Français de « Shanghai » et le Français le traita de nègre. De parole en parole les deux en vinrent aux coups. Fouillant dans la collection d’arme du musée (Barnum), l'un saisit une massue meurtrière dont on disait qu’elle avait servi à tuer le Capitaine Cook, et l’autre s’empara d’une épée de croisé d’une taille et poids impressionnants. La situation semblait devoir finir en tragédie désespérée mais une fois encore les rapides réactions de Barnum sauvèrent la journée. Se glissant entre les deux énormes combattants furieux, il s’écria :

 

Regardez-moi ça ! C’est parfait ! Si vous voulez vous battre, vous écharper et peut-être tuer l’un de vous, c’est votre affaire, mais ce sont mes intérêts qui sont en jeu ici. Vous êtes sous contrat avec moi, et si le duel doit se faire, le public et moi-même avons le droit d’en profiter. Il faudra donc que nous puissions l’annoncer. Aucune de vos performances n’aura jamais été une plus grande attraction.

 

Cette suggestion fut suivie d’éclats de rire, et les deux ennemis s’y unirent, oubliant leur querelle aussitôt.

 

Comme on le voit, s’il était doux de nature, Jean Bihin savait aussi « se fâcher tout rouge » ou même défendre sa vie. Le samedi 23 septembre 1854, en page 5, le New York Daily Tribune reporte ce fait mentionné dans Quebec Chronicles du 19 septembre de la même année :

 

L’homicide par le géant Français.Monsieur le juge d’instruction Panet et un jury de 18 personnes ont examiné hier les faits liés à la mort de Thomas Flanagan, tué samedi par Monsieur Bihin, le géant Français, alors qu’il cherchait à s’introduire dans la maison de ce dernier. L’enquête prit toute la journée et à 22 heures la nuit dernière résulta en un verdict d‘homicide justifiable. Quatorze des jurés étaient en faveur de cette option, tandis que quatre autres auraient voulu un verdict d’assassinat. Bihin fut relâché de surveillance et quitta l’Hôtel-Dieu où se tenait l’enquête, accompagné par beaucoup de nos citoyens.

 

 

Le Bihin sut aussi sa gagner l’estime de ceux qu’il rencontrait. Le poète/médecin Oliver Wendell Holnes en parle dans son œuvre « The Poet at the Breakfast Table », p 268 :

 

Je donnai mes 25 cents et me rendis dans tous les shows de coulisses qui suivent les caravanes et cirques partout dans le pays. Je me suis fait des amis de tous les géants et nains. Je fis la connaissance de Monsieur Bihin le plus bel homme du monde (en français dans le texte !!!), et l’un des plus grands il y a bien longtemps, et ai conservé d’agréables relations avec lui depuis ce jour. Il est un géant des plus intéressants, avec une douceur de voix et une tendresse de sentiments que je trouvent très attirants.

 

Je laisse le soin au syndicat d’initiative de Theux et au livre « Jean Antoine Bihin » de Messieurs André Andries et Jean-Luc Seret vous éclairer sur d’autres aspects de la vie de notre bon géant. J’ai surtout cherché les traces de son passage ici, en Amérique du nord. Et je vous invite à suivre ce lien, qui vous fera libérer un petit « ha ! ». La liste des passagers arrivés au port de New York en 1848. Vous verrez Jean et Joseph Bihin, arrivés de Belgique à bord du Laura.

http://www.rootsweb.ancestry.com/~inbr/EmigrantShips/NewYork1848.html

Visitez aussi ces deux sites sur lesquels j'ai trouvé photos et informations.

http://www.picturehistory.com/product/id/29432

 

http://www.thetallestman.com/jeanbihin.htm

 

 

 

 

Oui, notre légendaire géant mérite notre fierté !

 

   

http://edmee.de.xhavee.over-blog.com

 

 

Mise à jour le Mardi, 31 Août 2010 16:35
 

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