Une jeunesse ardennaise PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Vendredi, 08 Août 2014 11:14

Samedi Coup de cœur d’Albert Moxhet

Il n’est pas indifférent pour tout le monde d’ "être né quelque part". C’est ce que laisse entendre le titre de l’ouvrage de Clément Mathieu Une jeunesse ardennaise à Oneux-Theux (Belgique) 1944-1959.  Avec, en couverture, une fagne de René Polinard, on comprend immédiatement qu’on ouvre un livre dont l’auteur, aujourd’hui installé près de Toulouse, tient à son terroir originel, alors que sa brillante carrière d’agronome et de géologue s’est déroulée en France et dans plusieurs régions d’Afrique.

 
  Par un étrange jeu de coïncidences et bien que nous ne connaissions pas, l’existence de Clément Mathieu et la mienne se sont entrecroisées à diverses reprises. Il est né à Oneux (Th32eux) le 3 novembre 1940 ; moi, la veille à Verviers. Nous sommes entrés tous les deux le même jour de septembre 1952 au Collège Saint-François-Xavier, à Verviers, lui en 6e primaire pour s’assurer une base solide avant les Humanités, moi en 6e latine. À la fin de l’année scolaire suivante, constatant qu’il était plus matheux que latiniste, il se dirigea vers les Modernes à l’Institut Saint-Michel, où j’avais fait mes primaires pour le cas où j’aurais été plus matheux que littéraire. Nous avons donc eu des enseignants et une kyrielle de condisciples en commun … à des moments différents. Sans compter les mouvements de jeunesse. Le détail de ces éléments atteste la fidélité et la précision de la mémoire de Clément Mathieu, qui a quitté Theux où moi je suis venu habiter. 

La richesse de son récit est multipliée par une structure qui n’est pas linéaire mais ouvre divers tiroirs qui se complètent pour former un tout cohérent. L’intérêt est continuellement relancé par l’évocation du quotidien, de l’histoire familiale du côté paternel comme maternel, des études, de la découverte des grands horizons et de leur rôle dans le choix d’une vocation. Clément Mathieu évoque des personnes, des lieux, des événements, des objets (le hårkê, par exemple), qui reprennent leur place dans un ensemble qui se reconstitue tout naturellement sous sa plume. Au fil de pages ponctuées de dates précises, on peut se rendre compte qu’il ne s’agit pas ici, pour l’auteur, d’ouvrir une boîte à souvenirs fermée depuis longtemps, mais bien de mettre par écrit une part de sa vie qui l’accompagne depuis toujours, quels qu’aient été les péripéties et les honneurs d’une carrière bien remplie.

La quinzaine d’années figurant dans le titre de l’ouvrage s’ouvre comme le souvenir de Marcel Proust dégustant sa madeleine pour mettre sous les yeux du lecteur l’univers qu’était leur mode de vie pour les ouvriers, agriculteurs et forestiers des villages jusqu’aux années 1950 où tant de choses ont changé. Si on ne les aidait par des ouvrages tels que celui-ci, les citadins d’aujourd’hui auraient peine à imaginer  ce qu’était le quotidien de ces campagnards affairés et paisibles tout à la fois puisqu’ils vivaient au rythme de la nature. Ces pages sont aussi celles d’une mutation, pas seulement parce que la famille Mathieu déménagera d’Oneux à Sasserotte pour des raisons d’exploitation agricole, mais parce que les liens sociaux évoluent, que les études et le progrès technique modifient les anciennes structures, que des besoins nouveaux sont créés. Clément Mathieu conduit son récit avec habileté et naturel, le jalonnant, quand c’est nécessaire, de courtes parenthèses donnant à ses lecteurs français l’équivalent d’un terme ou d’une notion belge. C’est le témoignage d’une jeunesse, certes, mais également d’une vie, pas uniquement celle de l’auteur, mais aussi celle de l’univers où plongent ses racines.   

 

                                                                                                                           

 

Référence : Clément MATHIEU, Une jeunesse ardennaise à Oneux-Theux (Belgique) 1944-1959, Paris, L’Harmattan, coll. Graveurs de Mémoire, 2014, ISBN : 978-2-343-03239-9

Photo complémentaire : Unité paroissiale de Theux.

Mise à jour le Vendredi, 08 Août 2014 11:45
 

Commentaires  

 
+1 #1 Jean Nizet 13-08-2014 15:49
Merci M.Moxhet. C'est toujours un plaisir de lire vos commentaires et aussi ajouter un livre ayant trait à l'histoire locale.
(pendant le temps couvert par ce récit j'habitais dans la Bouquette, j'étais donc presque voisin)
 

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