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Écrit par Brasseur Jean   
Vendredi, 16 Novembre 2007 06:09

Familles verviétoises,  les   "de Biolley" 

Les maisons ouvrières des (de) Biolley, une première européenne

Les premières maisons ouvrières systématiques du monde sont verviétoises. Et les « Grandes Rames » ont eu 200 ans en 2008.

Pour beaucoup, les maisons ouvrières des « Grandes Rames », en Pré-Javais verviétois (confins Est de la cité lainière, près de la Vesdre et du pont des Dardanelles, un ensemble classé reconditionné par LogiVesdre il y a une dizaine d’années), sont l’œuvre de Raymond de Biolley, le grand patron textilien du début du 19ème siècle. Il n’en est rien. L’industriel n’avait que 18 ans quand on inaugure, au printemps 1808, les maisons des Rames (séchoirs à draps). Mais son père, associé à la famille Simonis, participe à l’opération en compagnie de plusieurs notables de la ville.

 

 

Rue Raymond : une des dernières maisons ouvrières avec les dimensions de sa façade tels qu'au début du XIX.

            Par contre, Raymond Biolley (il est fait vicomte et anobli en 1843) est partie prenante, en 1833, dans  l’édification de la cité ouvrière de l’actuelle rue Raymond (comme Biolley, évidemment). Il projette deux rangées d’habitations séparées par une avenue bordée de tilleuls.

    Le loyer individuel est d’une centaine de francs de l’époque par an suivant l’exposition des jardins. Un ouvrier gagne à peine 700 francs si l’épouse et les enfants travaillent à raison, respectivement, de 75 et 50 centimes l’heure. Il peut devenir acquéreur du bien moyennant de faibles annuités retirées automatiquement de la paie mensuelle.

 

Dans « Souvenirs verviétois » de l’abbé Georges et d’A. Remacle (1893 ?), Raymond Biolley est décrit comme un saint homme, bienfaiteur de la ville, apôtre des pauvres et personnage politique remarquable capable de cumuler les qualités d’industriels et les engagements forts envers un royaume de Belgique en train de se solidifier.

    Ce paternalisme du début du 19ème siècle se colore d’une bonne couche de religiosité. A l’époque, les grandes familles textiliennes sont toutes catholiques, omniprésentes, intouchables et, pour tout dire, respectées par des travailleurs miséreux qui prendront conscience de leur condition de vie lamentable que bien plus tard.

 Raymond et Edouard, son frère qui deviendra bourgmestre de Verviers, sont aussi des politiques bien inspirés. Le premier, sénateur dès 1831, est sans nul doute un des artisans de la fameuse « route du fer », c’est-à-dire la mise en ligne du réseau ferré international reliant Anvers à la Prusse via Verviers.

D’ailleurs, ce n’est pas par hasard si le roi Léopold donne au sénateur Raymond Biolley le titre de vicomte le 17 juillet 1843, jour marquant l’inauguration de la jonction vers Cologne en présence du souverain reçu par le vicomte dans son hôtel particulier de Sommeleville.           

Léopold I a été reçu à l'hôtel de Biolley

 

            Le vicomte meurt à Verviers le 22 mai 1846. Il n’a que 57 ans. Plus de dix mille personnes suivent le cortège qui se rend à Saint-Remacle, son église dont le Conseil de fabrique décide qu’un service de première classe sera célébré à perpétuité en mémoire de son bienfaiteur.

Et Saint-Remacle est, aujourd’hui encore, le miroir des de Biolley. La chaire de vérité, par exemple, représente saint Raymond et saint Edouard, prénoms des deux frères Biolley, présentant à saint Remacle les plans du sanctuaire. Il est aussi une statue de saint Raymond, une autre de sainte Isabelle (Simonis, l’épouse de Raymond) ou encore, dans le chœur, le panneau de Bellemans représentant la communion mystique… de saint Raymond (Nonnat).

 


 La chaire de vérité : St Raymond, St Remacle et St Edouard


En toute modestie ? Pas sûr mais c’est, voici près de deux siècles, dans l’air du temps au pays de la laine où Verviers, par son industrie textile, est mondialement connu et très envié.

Jean BRASSEUR

 

L' église Saint-Remacle, pas à pas dans l’église des patrons


          L’église primaire de Verviers est, on l’a vu plus haut, le monument de Raymond de Biolley. C’est aussi un sanctuaire qui ne manque pas de charme. Il est même très intéressant puisqu’il témoigne et évoque le 19ème siècle textiliens verviétois. Saint-Remacle est plus encore : une très grande église avec une nef plafonnée par 105 caissons de bois et stucs peints, un chœur et un maître-autel d’une grande richesse, quatre pères de l’Eglise taillés dans la pierre de France par Clément Vivroux et une statue de saint Remacle de 1693.

 

Ce n’est évidemment pas par hasard si une statue de saint Sévère trône à l’entrée de l’église, saint Sévère qui n’est autre que le patron des tisserands. Il tient d’ailleurs une navette dans la main gauche.

 


 
Saint Sévère, patron des tisserands

L’occasion de contempler, sous le jubé, cette statue de 2,08 mètres représentant saint Sévère (1703, provenant de l’ancienne église de la place du Marché) qui tient en main… une navette. Il appartient à la corporation des tisserands, note Jacques Wynants, avant d’être désigné par une colombe comme évêque de Ravenne. Il est évidemment le patron des tisserands et les Verviétois amoureux de leur passé trouveront là un indice supplémentaire de l’importance du textile à Verviers en 1700 déjà ».

Pour permettre de découvrir en profondeur la primaire de Verviers, Jacques Wynants vient de rédiger un guide de Saint-Remacle, un ouvrage de format A4 comprenant 32 pages en quadrichromie avec un plan de l’édifice et des nombreuses et très belles illustrations dues au photographe (amateur) Philippe Magermans (voir notre rubrique "livre du mois")

Ajoutons que la maison du doyen, rue des Raines, est l’ancien hôtel Simonis vendu… à Raymond de Biolley en 1830, lequel l’échangea en 1839 contre l’ancienne église désaffectée de la place du Marché.

                                                                                   

Histoire(s) de rues

Le nom des rues de Verviers affichent un avantage des patrons sur les travailleurs : Biolley fait trois. Fluche, le syndicaliste, un.

 Rue Raymond

 

    Il faut estimer à l’aune du temps passé. Si, au début du 19ème, les grandes familles lainières ont la cote, et les honneurs, c’est qu’elles représentent le courant bourgeois dominant dans une société où les petits n’ont aucun droit.

Ainsi, sous le maire David (1771-1839), le chef d’entreprise est porté aux nues. Lui-même fabricant de draps, le bourgmestre de Verviers est du côté des riches et personne ne conteste cette façon d’être qui, par ailleurs, déborde de mille et une générosités.

 

Raymond de Biolley, l’ami et, mieux encore, le consultant du roi Léopold, est évidemment exceptionnel. Il l’est sans doute au regard des œuvres accomplies, la fondation de l’église primaire sur ses deniers d’abord mais encore le financement sur fonds propres de la cité ouvrière, le support financier des écoles des Frères de la doctrine chrétienne, le patronage des jeunes filles du Sacré-Cœur, la maison de St-Vincent, les écoles gardiennes des Grandes-Rames et de Saucy, l’ouverture de la rue Saint-Remacle, etc.

 Edouard, son frère plus jeune de dix ans, n’est pas en reste. Il poursuit l’œuvre familiale mais quitte Verviers pour s’installer au château des Mazures de Pepinster (vendu plus tard aux Davignon).

 

Verviers rend hommage à son bienfaiteur en lui consacrant trois noms de rues. Il est la classique rue Biolley, en Sommeleville, appellation générique reprenant en un seul patronyme l’ensemble de la famille. La rue des Grandes-Rames ne fait pas directement allusion au promoteur mais, pour beaucoup, c’est du Biolley grand teint. Enfin, il y a la rue Raymond, toujours en Pré-Javais, un simple prénom qui évoque le [Monsieur Raymond] usité, dit-on, par les ouvriers des usines de Raymond Biolley.

 

Pierre Fluche, le syndicaliste, a aussi sa rue. Il est né en 1841, cinq ans avant le décès du patron lainier. L’Hodimontois, conseiller communal et échevin en 1896, est cafetier rue Ortmans. Il est derrière les travailleurs et, socialiste engagé, va au charbon. C’est Fluche (sa rue est dans le pittoresque quartier des Hougnes) qui mène les grèves de 1869 et obtient, deux ans plus tard, la semaine des 10 heures dans le textile verviétois. Fluche est viré de la fédération verviétoise de l’Internationale en 1872 pour sa tendance Bakounine, l’anti Marx. Il revient en scène en 1876 en militant au sein du Parti Ouvrier Belge, l’ancêtre du Parti Socialiste actuel.


Repères : Cafés, mémoire, patrimoine    

 

Grandes-Rames

 

CAFES. Les conditions de travail au début du 19ème siècle sont éprouvantes dans le textile verviétois. En 1810, et les maisons ouvrières des Grandes-Rames viennent d’être proposées à la location, les familles s’entassent dans des logis exigus. On compte 12 personnes par maison, deux familles en cohabitation forcées pour cause de salaire trop bas.

Les égouts sont inexistants, à l’exception du canal des usines qui charrie en centre-ville immondices et déjections naturelles.

En 1840, un ouvrier travaille 12 heures par jour, 6 jours sur 7. L’alcoolisme est un fléau. Il y a un café pour sept maisons…

 

MEMOIRE. Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, soit une trentaine d’année après le décès de Raymond de Biolley, nombreux sont les notables verviétois pressés de rendre un hommage tangible à celui qui, pour eux, est et reste un modèle exemplaire. Ils évoquent la mémoire du cœur et suggèrent l’édification d’un monument, si possible du côté de Sommeleville.

Il faut attendre 1938 et le centenaire de l’érection de l’église St-Remacle pour visualiser une attention envers le financier de l’édifice. Il s’agit, scellée dans un mur de la chapelle latérale de droite, d’une plaque rappelant la générosité de Raymond Biolley et de son épouse, Isabelle Simonis. 

           

PATRIMOINE. L’ancien hôtel Raymond de Biolley, situé place Sommeleville (28-34 avec une carrosserie au rez-de-chaussée depuis 1952) est actuellement la propriété de la Fondation Roi Baudouin. La cessation est due à une Verviétoise anonyme offrant une belle somme pour sauver l’immeuble Louis XVI en continuelle déglingue architecturale.

Place Sommeleville


Classé comme monument depuis 35 ans, l’hôtel de Biolley (celui de son frère, Edouard, au 8 de la même place, est propriété de l’Institut Ste-Claire) est en voie de restauration via l’Institut du Patrimoine wallon (IPW). Inscrit sur la liste des monuments de Wallonie à sauver, il pourrait devenir, demain ou après, musée ou centrale des archives de la ville.

Quand il sera restauré, ce qui laisse pas mal de temps au temps et, on l’espère, une réflexion collégiale sur sa destination. Comme Verviers rate des marches dans son parcours muséal moderne (centre de la laine et maison de l’eau), il serait dommageable de ne pas changer de cap. En pensant davantage aux anciens par exemple….                                                                                                              

"Pour ma part, c'est bien volontiers que je participe à cette modeste démarche qui, je l'espère, pourra intéresser les plus jeunes qui ne connaissent rien du passé de leur ville"  Jean Brasseur                                                              

Best of Verviers remercie vivement Jean Brasseur et le journal Le Jour-Verviers qui ne voient aucun inconvénient à ce que les papiers parus dans LE JOUR soient relayés sur www.bestofverviers.be.

Mise à jour le Mercredi, 17 Septembre 2008 06:08
 

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