Le conte de Noël d'Albert Moxhet et Anne Liégeois PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Vendredi, 21 Décembre 2012 21:23

Comme chaque année, Best of Verviers a le bonheur de vous présenter ce qui devient une tradition, le conte de Noël d'Albert Moxhet illustré par Anne Liégeois. De joyeuses fêtes et de belle découverte contée à tous et toutes !

 

Le Rassemblement

Le vieil homme naviguait dans ses pensées sur la mer paisible de ses souvenirs. Il se retrouvait à diverses époques de son existence et se rencontrait donc lui-même à différents âges.

Le petit louveteau émerveillé de découvrir la nature et l’esprit de service au travers des aventures de Mowgli côtoyait le prof essayant de révéler à ses élèves leur propre personnalité. Le père de famille qui venait de déposer ses enfants à l’école revoyait, en passant devant l’église, le jeune acolyte en soutanelle et collerette rouges et surplis à bordure de dentelle, tout fier de remplacer le sacristain empêché par une foulure de tirer sur la corde de la grande cloche et d’être entraîné avec elle à un mètre du sol.

Une discussion animée survint entre lui à vingt-cinq ans et lui-même tel qu’il était deux ans plus tard, c’était à propos de sa première voiture malencontreusement "repliée", mais le vieil homme ne s’en formalisa pas : c’était si loin et devenu sans importance. D’ailleurs, pensa-t-il, c’est l’aspect le plus utile sans doute du temps qui passe : il atténue et parfois efface les aspects sombres et douloureux de l’existence. Là aussi, il y aurait eu de la matière. C’étaient cependant d’autres lui-même plutôt enthousiastes et passionnés qui venaient à sa rencontre, avec le sérieux qu’on lui reconnaissait généralement. Des bribes de voyages servaient d’itinéraires au travers d’images qui n’étaient pas des clichés touristiques, mais bien souvent des détails vécus avec des gens dont il avait croisé l’existence. Il s’en estimait très riche et partageait ainsi sa fortune avec ses lecteurs et les personnes qui prenaient contact avec lui.

Aujourd’hui pourtant, l’inspiration lui manquait. Il s’efforça dès lors de se retrouver tel qu’il était dans les années précédentes au moment d’écrire le conte de Noël que lui demandait ponctuellement un magazine. « Allez, les gars, se dit-il à eux-mêmes, c’est le moment de vous titiller la folle du logis ! » Dans le brouhaha qui s’ensuivit, il vit surgir pêle-mêle la Bête de Staneux devant la crèche, des airs de Noël dans la cage d’escaliers d’une maison fort peuplée, un cavalier pris pour le Verbouc en arrivant au château de Franchimont, une dame âgée offrant des images pieuses de son enfance, une autre image, celle des rois mages émergeant d’une pile de documents écroulés,

 

 

Le vieil homme n’allait pas reprendre tout cela pour en faire un mélange qui risquait d’être imbuvable. Il projeta son imagination de quelques années dans le futur, ne sachant pas s’il y serait encore, et, sur son clavier, se mit à taper un rêve qui lui traversait l’esprit : « Les journaux ont annoncé ce matin que les hommes de bonne volonté viennent de signer… » 

                                                                                                                             Albert Moxhet

Illustration d’Anne Liégeois                                                                                                                                   

Mise à jour le Samedi, 22 Décembre 2012 09:27
 

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