Les yeux en face des trous PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Lundi, 13 Février 2012 23:55

Samedi Coup de gueule d’Albert Moxhet

La longue vague de froid que nous venons de subir a, une fois de plus, fait comprendre la précarité des conditions de vie de bon nombre de nos compatriotes. Davantage encore que les précédentes, étant donné la crise économique. On a pu voir aussi de remarquables élans de solidarité s’organiser pour venir en aide à un maximum de victimes du froid. L’afflux d’informations diffusées par les médias mène à des considérations diverses.
 
Tout d’abord – et cela n’a rien d’original – on peut s’étonner que, chaque année, l’arrivée du froid semble prendre les autorités au dépourvu et qu’il faille dès lors instaurer d’urgence des mesures toujours insuffisantes pour remédier à la situation. « Gouverner, c’est prévoir », disait autrefois un sage principe, mais il est vrai qu’on a été si longtemps sans gouvernement…  Les associations de terrain, qui fonctionnent avec pas mal de bénévoles, ont heureusement un dynamisme et un savoir-faire extrêmement utiles, mais pas toujours les moyens suffisants. Dans cette urgence, de grandes opérations médiatiques comme celle de la RTBF ont obtenu d’admirables résultats, même si l’inévitable côté visuel des choses peut mettre un peu mal à l’aise, parce que c’est la discrétion qui ajoute de la valeur à la solidarité. Mais il est vrai qu’à notre époque, la force du témoignage s’accroît par l’image, le spectacle ; ici, bien entendu, dans un but éminemment louable.

Et puis, dans les informations, on vous balance, comme si ça allait de soi et n’avait aucun rapport avec le contexte du moment, qu’on chauffe les pelouses des terrains de foot pour que le match puisse se jouer malgré le gel. Et aussi que va se dérouler ici ou là le traditionnel concours du plus gros mangeur de boudin, de fromage  ou de tarte. Alors, franchement, on est pris de dégoût : le prix de cette énergie calorique ne pourrait-il pas être mieux employé quand que des gens crèvent de froid dans des bâtiments mal conçus, mal gérés ou dans des halls de gare dont on coupe les radiateurs ? Cette « grosse bouffe » ne serait-elle pas plus utile dans les Restos du cœur et autres initiatives semblables ? Est-ce aussi le moment d’étaler un luxe et un raffinement superflus et dédaigneux dans des émissions et organisations qui, sous les meilleurs prétextes, cherchent à vous en mettre plein la vue alors que vous-même ou vos voisins avez toutes les peines du monde à « nouer les deux bouts » ?

 

 

Il n’y a pas si longtemps, on aurait dit que cela crie vengeance au ciel. Ce qu’il y a, c’est que, dans notre société axée sur le fric et le paraître, on ne sait plus regarder autre chose que son propre profit, on ne sait plus se mettre à la place de l’autre et comprendre sa situation. Il est temps de se remettre les yeux en face des trous, de se rendre compte que cette société devient inhumaine et court ainsi à la catastrophe parce que l’argent a perverti toutes les valeurs dans un nombre croissant de secteurs.

On dira que les capitaux engagés justifient de telles transgressions de l’ordre naturel parce qu’ils fournissent de l’emploi, que telle ou telle manifestation de prestige a des retombées positives sur telle organisation humanitaire. C’est se donner bonne conscience à bon compte et cela rappelle la bien pensante hypocrisie de l’époque où se mettaient en place des actions sur le thème « Empiffrons-nous pour les petits Biafrais qui meurent de faim ».   

Une bonne nouvelle quand même dans les journaux : un tribunal vient d’innocenter un homme qui avait d’abord été condamné pour avoir pris deux sachets de muffins périmés dans la benne à ordures d’une grande surface. Il veut aujourd’hui voir avec les grandes surfaces comment éviter le gaspillage de la nourriture. 

 

 

 

Mise à jour le Vendredi, 17 Février 2012 16:16
 

Commentaires  

 
+1 #1 Jean Nizet 18-02-2012 08:31
On ne peut qu'être d'accord avec les propos de M. Moxhet!
Je lui souhaite beaucoup de lecteurs et que chacun réfléchisse un peu.
Merci en tout cas de réveiller ceux qui dormiraient encore si toutefois il y en a, dans les circonstances actuelles on peut espérer que non - Jean
 

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