Trois 14-18 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Vendredi, 28 Mars 2014 23:38

Samedi Coup de cœur d’Albert Moxhet

Le centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale donne très logiquement lieu à la publication de très nombreux ouvrages qui en abordent le souvenir sous divers angles. Aujourd’hui, nous en relevons trois qui se distinguent par leur propos et leur manière de présenter l’évocation de ce qui aurait dû être "la der des der".

 
En publiant Grande Guerre, l’image du souvenir, l’Institut du Patrimoine wallon ne fait pas une plongée dans les archives, mais propose, un siècle après la conflagration, une véritable méditation photographique sur des lieux marqués chez nous par les événements qui ont jalonné ces quatre années de guerre. On connaît le talent tout en finesse et en recherche de l’humain du photographe Guy Focant, il est ici relayé par des textes de l’historien Pascal Kuta, qui situe le contexte des événements, lieux et présences évoqués dans ces sobres images. Si le calme est revenu, en effet, sur des endroits où se déchaîna l’enfer, le souvenir de ceux qui disparurent  dans les cataractes de la folie humaine reste vivant dans des vestiges, dans des monuments, mais aussi dans la démarche d’hommes, de femmes, de descendants venus parfois des antipodes pour se recueillir devant l’au-delà réconcilié de la paix éternelle des cimetières. Introduit par un texte de Freddy Joris qui souligne combien, à travers des souvenirs littéraires aussi bien que discrètement familiaux, « ce conflit vieux d’un siècle maintenant semble encore si proche à beaucoup. » [Grande Guerre, l’image du souvenir en Wallonie, photographies de Guy FOCANT, textes de Pascal KUTA, Namur, IPW, 2014, ISBN 978-2-87522-128-5]

Sorti en accompagnement de l’exposition du même titre, 1914-1918, le Dieu de la guerre, publié par le Musée en Piconrue, réunit un ensemble de recherches organisé en quatre thèmes : le choc de l’invasion, sur la ligne de front, en territoire occupé et l’après-guerre. Après une introduction d’Anne Morelli, on trouve les signatures de Jean-Marie Doucet, Gérard Decoster, Benoît Amez, Alain Coliognon, Patrice Dartevelle, Axel Tixhon, Valentin Malfait, Jacques Charneux, Laurence Van Ypersele, Thierry Scholtès et André Haquin dans l’analyse d’événements et de comportements qui permettent de retracer l’état d’esprit de la population en zone occupée et des soldats dans les tranchées dans des années où foi et patriotisme ont souvent fusionné. S’attachant principalement  à l’évolution de ce diptyque dans le Luxembourg belge, l’ouvrage permet cependant une réflexion  plus générale. Mais il évoque aussi un cas très particulier : la réalisation par les moniales bénédictines de Maredret d’un manuscrit néo-gothique enluminé reprenant le texte de la lettre pastorale du cardinal Mercier, Patriotisme et endurance (Noël 1914), avec des illustrations des atrocités prussiennes commises lors de l’invasion de la province. Si les costumes sont médiévaux, l’évocation des événements est très précise et l’on n’a aucune peine à repérer la pointe de certains casques… [1914-1918, le Dieu de la guerre, Bastogne, Musée en Piconrue, 2013, ISBN 978-2-9600997-5-1]

La démarche qui sous-tend Il était une fois 1914 ne manque pas d’originalité, puisqu’il s’agit d’un album de bandes dessinées associé à la nouvelle exposition de l’Abbaye de Stavelot, exposition à laquelle nous reviendrons prochainement. Il s’agissait ici de présenter neuf récits s’échelonnant à travers la Wallonie et Bruxelles et se rapportant à ou, au moins, s’inspirant d’événements inédits ou peu connus. Quatorze dessinateurs et scénaristes (Didier Chardez, Philippe Jarbinet, Martin Jamar, Marco Venanzi et Mathieu Barthélemy, Michel Pierret, Didier Courtois, Marc-Renier et Dugomier, Pierre-Yves Berhin [Hamo] et Johan Pilet, Georges Van Linthout, Francis Carin et David Caryn) traitent ainsi en cinq planches des thèmes des premières années sombres à Thimister-Clermont, à Stavelot, dans le Sud de l’Ardenne, à Namur, Jodoigne, Tamines, Mons, à la frontière hollandaise ou à Bruxelles. Un cahier rédigé par l’historien Jacques Wynants situe ces récits dans le déroulement de la guerre. Cet album ouvre au lecteur une série d’aspects relativement peu connus de la vie dans la Belgique occupée, alors que généralement c’est la guerre des tranchées qui est mise en images lorsqu’il s’agit de BD relatives à 1914-1918. [Il était une fois 1914, Stavelot, Abbaye de Stavelot, 2013, ISBN 978-2-87522-124-7]

 


 

Mise à jour le Samedi, 29 Mars 2014 00:07
 

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