Rencontre avec nos écrivains : 10/12/2011 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Best of Verviers   
Lundi, 05 Décembre 2011 20:56

L’homme posa sa main sur la poignée d’une porte.  Le cuivre glacé lui mordit la paume.  L’hiver avait posé sa froideur sur chaque parcelle de la ville.  La rue Xhavée était brillante de gel. 

Les bâtisses avoisinantes exhalaient une fumée blanche et odorante : une odeur de décembre, une odeur de fête et de partage.


Il pénétra dans le Grand Théâtre par l’entrée des artistes.  Nul ne l’avait convié ; seul son instinct le guidait à travers les couloirs et les loges.  Un lourd rideau de velours s’entrouvrait sur les coulisses, nonchalamment, comme la jupe échancrée d’une belle dame.

Pas une ampoule éclairait la scène.  Ses pas résonnaient sur le plancher grinçant et l’écho de sa présence se noyait au beau milieu des fauteuils vides.  La trappe du souffleur était ouverte.  Sans une once d’hésitation, le visiteur y descendit.

L’homme découvrit alors un impressionnant dédale.  De temps à autre, un point lumineux apparaissait au bout d’un couloir, l’homme s’en remit à la lueur et déboucha ainsi dans une vaste salle aux parois de pierres et au plafond voûté.  Une puissante odeur familière lui parvint aux narines.  Un bruit de ruissellement berçait ses oreilles. 


Brusquement, la lumière qui l’avait guidé s’intensifia. 

Le bruit, l’odeur… ce que ses sens avaient perçu dans l’obscurité le surprit par la vue : une encre noire suintait des murs, s’écoulait en rivière paisible, de part et d’autre de la pièce. 

 

Les deux sillons se rejoignaient comme une douve autour d’un autel érigé au fond de la chambre. 

S’approchant du monument, l’invité constata qu’il était formé de cuir et de papier couvert de mots tracés à la plume. 

Sur son socle, le mot « Éloquence » était gravé.

Soudain, le papier se froissa, se déchira et une créature surgit de l’autel.  Elle avait l’apparence d’une femme, se tenait de profil, sur la pointe des pieds, dans une posture légèrement cambrée qui semblait rappeler la forme d’une plume. 

Ses cheveux noirs étaient soyeux, parfaitement alignés comme les barbes d’un vexille. 

Elle avait les yeux clos.
Elle demeura ainsi un long moment.

 

Puis Éloquence fit volte-face.  Elle tenait dans sa main droite une grande plume de la taille d’un bâton de pèlerin, dont l’extrémité, taillée pour l’écriture, dégoulinait d’encre.  Spontanément l’homme voulut s’agenouiller.
— Non !  s’emporta-t-elle.
Puis, se radoucissant, elle ajouta :
« S’il te plaît…  Depuis de nombreuses années, tu œuvres au service de la littérature.  Sais-tu que c’est par toi et tes semblables que j’existe ?  Ne te prosterne pas devant ce que tu as engendré.  J’ai entendu l’appel que tu as lancé à ces hommes et ces femmes de lettres.  Vois tous les efforts que tu as déployés pour leur progéniture verbale, pour leur passion qui est aussi la tienne. »

Éloquence posa l’extrémité de sa plume sur le front de son hôte, entama une sorte de chant étrange dont l’écho se mêla au bruissement de la rivière d’encre.  Puis, avec une extrême agilité, fit pivoter l’outil d’écriture et grava un « E » comme « éloquence », comme « écriture », dans le cou de l’homme.
—  Te voici à présent « Maître-Verbe ».  Par conséquent, te voici investi d’une quête…
De sa plume, elle caressa la joue du Maître-Verbe.
« Va.  Continue ce que tu as initié.  Rassemble ces chevaliers de l’écriture autour d’une même table ; guide-les vers la rencontre, le partage des mots et des genres.  Apprends-leur à parler d’eux et de leur don, à combler les épris de lectures.  Guide-les vers les vraies raisons de leur chemin littéraire. »

Éloquence leva le bras gauche, la paume de sa main en calice.  Une jeune femme rousse apparut derrière elle.
« Mon amie te guidera à travers la ville. »

Ils croisèrent sur leur route une pèlerine toute de lyrisme vêtue.  Ensemble, ils rassemblèrent trente auteurs au Foyer du Grand Théâtre de Verviers.

Tous seront chargés, ce samedi 10 décembre prochain, de porter haut les couleurs de la littérature régionale, de les transmettre par-delà leur cercle ;  car, comme l’avait si justement exprimé un artisan du livre, un patrimoine n’est jamais si régional que lorsqu’il traverse ses frontières géographiques !

Laurence Cornet.


Depuis quelques années, un groupe d'auteurs de la région de Verviers organise tous les ans une manifestation qui leur permet non seulement de se retrouver, mais surtout d'aller à la rencontre de leurs lecteurs (présents et à venir...)
Et en voici  la quatrième édition. Après le buffet de la gare de Verviers en 2005, la bibliothèque d'Ensival en 2007, le Centre Culturel Blavier en 2009 et la brasserie « Le Paradise » l'an dernier ; elle sera, ce 10 décembre 2011 de 14 à 18 heures, accueillie dans le cadre prestigieux du Foyer du Grand Théâtre de Verviers.
Grâce à l'assistance de Michèle Corin, des services culturels de la commune et au bienveillant soutien de Jean-François Istasse ; grâce aussi au travail bénévole de Laurence Cornet et d'Arnold Couchard,  ils seront cette année une trentaine à vous présenter un échantillon de la richesse de la littérature de notre région.
Outre les auteurs du cru, ils accueilleront aussi cette année plusieurs invités.
Tout d'abord Bernard Gheur et Frédéric Saenen qui — avec Armel Job, ce dernier n'ayant pu se libérer — publient aux Éditions Weyrich  dans la collection « Plumes du Coq » dont la vocation est d’éditer ou rééditer des œuvres  spécifiquement wallonnes et rejoignent ainsi la philosophie de notre démarche littéraire.
Ensuite Guy Delhasse, déjà présent l'an dernier, et qui avec son « Guide littéraire de la Province de Liège » poursuit son travail inlassable pour mieux faire connaître les écrivains.
Enfin le liégeois Michel Hody dont le roman historique « De Roses et de sang » a connu un beau succès.

 

Vous pouvez les découvrir et apprendre davantage sur chacun d'entre eux sur le site des écrivains verviétois :
http://ecrivains-vervietois.blog4ever.com/blog/index-486944.html

 

Cette invitation et ce texte sont de Laurence Cornet

Mise à jour le Jeudi, 08 Décembre 2011 12:56
 

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