Le curé Debouche PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 02 Mars 2009 18:02

Henri-Joseph DEBOUCHE naît à Grand-Rechain le 19 novembre 1738, fils  du premier lit de François et de Marie DREZE. Il fréquente la classe du vicaire POLLET dans sa paroisse puis la classe de Petit-Rechain, assez renommée, chez M. DRESSE qui est tout à la fois instituteur et marguillier.

Il n’a pas 12 ans quand il entre au collège Saint-Bonaventure de Verviers (chez les Récollets).

En octobre 1752, il arrive à Liège pour les humanités, cinq années puis des cours de logique et de métaphysique !

 



Le  samedi saint de 1757, il est admis comme novice à l’abbaye d’Orval, à 19 ans. Mais comme il veut d’abord poursuivre des études, il se rend en octobre 1758 à Douai y étudier la philosophie, enseignée par les jésuites.

Un an plus tard, il entre au noviciat jésuite de Tournai où il prend l’habit et séjourne deux ans.

En 1762, à Lille, il réétudie les humanités et , en même temps, exerce son apostolat à l’hôpital. 1763 le voit professeur au collège jésuite de Cambrai et 1764 à celui d’Armentières, près de Lille.

En avril 1765, comme la Compagnie de Jésus est proscrite en France, il est contraint à l’ exil en Bohême, avec plusieurs de ses confrères. Il se rend à Prague où il entreprend les études de théologie à l’université et il y est ordonné prêtre  en 1768, avec 19 autres jeunes jésuites.

Remarquons qu’il a reçu les ordres en accéléré : en quatre jours, le sous-diaconat, le diaconat puis la prêtrise.

Un an plus tard, il quitte Prague et il revient à Grand-Rechain en août 1769. Il devient ensuite professeur de rhétorique et de poésie à Dinant mais, en avril 1771, il quitte la Compagnie et rentre dans son village natal.

Jusqu’ici, voici quand même un homme bien changeant.

A remarquer toutefois que la Compagnie de Jésus subit les attaques de ses ennemis et ne va pas tarder à être supprimée par le Pape.


DEBOUCHE accepte de devenir desservant de Cornesse, chapellenie  dépendant de Soiron.

 

Grâce à ses biens personnels, il achète des vases sacrés, fait placer une cloche, érige le presbytère et établit une école. Son action ne se limite pas à ces acquisitions, son rayonnement est grand. Par exemple,  en 1780, il est choisi comme négociateur dans une affaire matrimoniale princière. Il traduit l’Iliade et l’Odyssée, puis un livre d’optique. Il termine la relation de ses voyages et dresse une carte chorographique des pays de Liège et de Stavelot.

Une petite parenthèse financière : A la suppression des jésuites en France, il avait pu bénéficier d’une pension pour le paiement de laquelle il a dû faire pas mal de démarches et cette affaire va le tourmenter : il a les moyens jusqu’en 1790 puis, avec les événements en France, la source se tarit. Sous la Révolution puis le régime français, il se démèrera encore mais en vain : la pension ne lui sera pas restituée. Est-ce à dire qu’il aime l’argent ? Ce qu’on sait de lui nous fait penser que non.

Durant la tourmente révolutionnaire, il reste en place, ce qui est loin d’être le cas de tous les prêtres. Il donne l’hospitalité à des proscrits de tous bords, dans ce village limitrophe entre les états d’alors.

Le 5 août 1791, il se rend à Tirlemont et y prend en charge un enfant de 7 ans, Jean-Guillaume-César-Alexandre-Hippolyte COLINS de HAM, fils (naturel ?) d’un officier de carrière, chambellan à la cour impériale de Bruxelles puis grand bailli du « roman païs », bref du Brabant wallon.

Dans une prochaine chronique nous reviendrons largement sur cet élève de DEBOUCHE, au destin étonnant lui aussi.

Notre desservant de Cornesse est décrit comme suit sur une pièce officielle : 1, 693 mètre, cheveux et sourcils noirs, yeux noirs, nez gros, bouche moyenne, menton large, front ouvert, visage plein. Mais voyez plutôt son portrait ci-joint !

En 1793,  sa maison est pillée.

Deux ans plus tard, le 22 juin 1795, il quitte Cornesse pour la chapelle de Dison, qui dépend de la paroisse de Petit-Rechain. Il est  bien regretté à Cornesse où il soignait gratuitement les malades, mettait des talents de géomètre à la disposition de tous (et l’on imagine ce que cela peut être dans une zone rurale) et servait souvent d’arbitre dans les conflits.

Il vient habiter à Dison au-dessus de la sacristie. Malade la même année, il revoit son testament et y inclut des dispositions pour l’entretien de son pensionnaire.

Consulté à propos de la situation générale, il considère que le clergé doit accepter les conditions imposées par la République. C’est un prêtre, mais un prêtre de l’époque des Lumières, donc favorable à la Révolution française et à ses idéaux. Ce sera un prêtre « jureur ».

En 1800, son protégé a 16 ans et se propose de faire en voyage en Allemagne. DEBOUCHE l’y aide financièrement et écrit à des personnalités des lettres de recommandation. Pourtant, depuis 11 ans, il n’a reçu aucun dédommagement de la famille COLIN de HAM !

Ceci plaide en faveur de son désintéressement, même s’il reste tracassé par la question de sa pension.

DEBOUCHE a été consulté plusieurs fois par l’évêque ZAEPFFEL, mis en place par le pouvoir français.  Des personnes en difficulté lui demandent aussi conseil et il est engagé dans des fonctions officielles comme la réorganisation des écoles  primaires du département de l’Ourthe, la régularisation de la position des établissements des Sépulchrines et des Récollectines et leur transformation en écoles pour l’étude du français et de l’allemand.

En schématisant très fort, et même exagérément, on dirait que c’est un collaborateur de l’occupant français, mais ce n’était certes pas sa façon de voir les choses, lui qui était partisan des idées nouvelles.

Même s’il reste à Dison, il devient aussi directeur des religieuses de Dolhain, en octobre 1802. Il s’y rend à pied chaque semaine.

Il adhère au Concordat en 1802, quoi de plus normal pour lui. Cette même année, Dison est érigé en paroisse et le voici devenu le premier curé.

Mais sa santé décline, surtout en 1805. Il consulte par écrit un médecin réputé, Robert de Limbourg, de Theux. Rien n’y fait, il meurt le 5 août 1805.

Etrange destinée d’une personnalité hors-format.

 

Les illustrations :

-          portrait du curé DEBOUCHE

-          la première page du traité de mathématiques qu’il a écrit à la main, en latin,  et fait relier (c’est le livre n° 1208 de sa bibliothèque qui en comptait 1230 recensés)

-          une page concernant les multiplications

 

Ouvrages consultés :

 

-          Jean-Simon RENIER, Biographie. Verviers et son arrondissement. Henri-Joseph DEBOUCHE, Verviers, 1858

-          Ivo RENS et William OSSIPOW, Histoire d’un autre socialisme. L’école colinsienne 1840-1940, Neuchâtel, 1979, p. 9-10.

-          Jacques WYNANTS (Père), Ainsi naquit une industrie, Verviers, 1984, p. 116.

-          Traité  de mathématique écrit de la main de DEBOUCHE

Mise à jour le Lundi, 02 Mars 2009 20:09
 

Vous n'avez pas le droit d'ajouter un commentaire : veuillez vous connecter ou vous enregistrer.