Hôtel de ville de Verviers restauré ! Le récit d'Edmée De Xhavée PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Best of Verviers   
Jeudi, 15 Septembre 2011 17:48

Best of Verviers a proposé à plusieurs écrivains régionaux d'écrire un récit, une nouvelle, un conte, un souvenir,…  dans le cadre de l'inauguration de "l'Hôtel de ville de Verviers restauré".

Si la ville propose de faire la fête place du Marché à l'occasion de cette inauguration le vendredi 23 septembre 2011 avec un spectacle son et lumières,  notre site propose de se joindre à la fête par le texte.
Edmée De Xhavée, auteure  du livre "De l'autre côté de la rivière, Sibylla", est le second récit ! 

A découvrir absolument ! Bonne lecture !

Les chinoiseries de Thérèse-Adèle Paulus

Ah ! Monsieur Jadot est là, avec sa femme, Maria. Chang sourit et s’avance vers le couple… s’incline, conscient de son costume sombre et de ce col raide qui lui scie le cou.

 Derrière lui, l’escalier de cet étrange hôtel de ville au toit sans courbes ou génies, de la couleur du ciel… et toutes ces fenêtres alignées comme une armée, parlant d’ordre, de lumière, de stabilité. Monsieur Jadot rit, lui frappe sur l’épaule, dit quelque chose que Chang ne comprend pas.

 

Chang comprend mal le français et s’est habitué à vivre dans un état d’à peu près qui est devenu son quotidien.

Il pense savoir ce qu’on lui dit, s’habitue avec élégance aux rituels de table – ah ces couverts de tailles et formes différentes, ces verres à pied qu’il faut saisir avec la force nécessaire pour ne pas les laisser choir mais aussi sans les empoigner ou y laisser d’empreintes disgracieuses – et aux saveurs parfois bien pâles de la cuisine, cette cuisine qui aujourd’hui est celle du pays où commence sa vraie vie.

Nerveusement il attend l’arrivée de sa fiancée, Thérèse-Adèle, cette beauté grande et charnue dont le nez prend tant de place dans le visage… Sa famille a-t-elle assez ri de son long nez sur les photos ovales qu’il leur a montrées avant de revenir l’épouser.

Il l’avait rencontrée deux ans plus tôt à une grande soirée organisée par la Société Générale de Belgique pour obtenir de nouveaux fonds pour la construction de la ligne ferroviaire entre Pékin et Hankow. Et Chang, vue sa haute position au gouvernement chinois qui avait accordé la concession à la Société d'Etude de Chemins de Fer en Chine pour laquelle travaillait Monsieur Jadot  était là, avec d’autres dignitaires chinois. Il avait remarqué avec quelle joie la jeune fille dansait la valse les yeux mi-clos, oublieuse de tout jusqu’à d’elle-même, semblant émerger d’une transe lorsque la danse s’arrêtait, et il l’avait invitée. Monsieur chinois en smoking revers dragons, avait-elle noté sur son carnet de bal, car d’autres Chinois étaient sensibles au charme exotique de sa jeune fougue.

Il n’était que curieux. Mais dès qu’il eut encerclé sa taille chaude et vibrante dans sa main, il sut que son destin l’attendait à cet endroit.  Elle garda les yeux ouverts, plongés dans les siens, la belle bouche gourmande dessinant un petit souffle surpris en « oh… ! » , et sans mots ils se reconnurent, s’acceptèrent et se firent mille serments passionnés. De la paume de leurs mains l’amour sortait, chaud et voluptueux comme une lave de velours, et montait colorer leurs joues. Haletante et en proie au vertige, une fois la danse finie, elle lui fut enlevée par un jeune Belge maussade dans les bras duquel elle continua de le chercher des yeux derrière le voile humide des siens.

Thérèse-Adèle Paulus…

Oh ! Il avait fallu des mois pour briser la résistance des parents. Djésus-Maria-Djôseph, geignait sa mère en levant ses bras potelés vers les plafonds ouvragés de la maison,  c’est tout ce qu’il nous faut comme fille… Madame Chang Long Yen ! Djésus-Maria-Djôseph !!!!  

Lui n’avait pas trop compris les détails. Il savait simplement qu’on ne voulait pas de Long Yen Chang dans la famille et qu’on la faisait pleurer. Qu’on l’envoya en vacances sur la Côte d’Azur où les casinos et les promenades au soleil ne purent l’étourdir assez pour la guérir de lui. Qu’elle s’abandonna à une fureur si effrayante et publique que désormais son mauvais caractère devint un élément dissuasif pour les autres prétendants.  

Il retourna en Chine, revint, et retourna encore. Ils s’écrivaient peu par l’entremise d’une tante sympathisante dont la devise était L’amour fait des miracles, miracles auxquels elle entendait contribuer. Ils communiquaient dans un anglais maladroit qu’elle apprenait avec une vieille demoiselle du Yorkshire exilée à Verviers. Et un jour, les parents avaient capitulé.

Et ils avaient tout organisé… Les bans, les invitations, la remise en état de la grande salle à manger d’apparat de leur grande maison de Sassor, et les sourires contre mauvaise fortune bon cœur. Les jeunes époux habiteraient en ville, et se fondraient dans la société locale avec le temps et le soutien familial. D’autant que pour faciliter l’insertion de son gendre encore tout à former, le beau-père avait décidé d’orthographier son nom d’une façon plus chrétienne.

Il est maintenant sur le seuil de l’hôtel de ville, et le tapis rouge lui envoie comme un écho de sa Chine natale. Les calèches arrivent et délivrent des invités de tous calibres et âges, dont les dames secouent les drapés de leurs toilettes et les hommes brandissent des cannes à pommeaux d’argent monogrammés. Et voici qu’enfin arrive la calèche avec la mariée, le visage frémissant de bonheur alors qu’elle monte les marches vers lui, et il sait que sa hâte à être sienne rampe sous la robe de dentelle, couvre les paumes de ses belles mains rondes d’un film moite, attendrit ses chairs. Il la regarde et sent son âme exploser de soulagement et de joie. Elle est au bras de son père qui la confiera à son amour et sa protection d’ici peu.  

Et quand il s’entend appeler Jean Lonhienne, il se tourne vers elle et sent naître une larme de joie au bord de ses cils.

 

Edmée De Xhavée

 

Edmée De Xhavée,
- Les romanichels - Editions Chloé des lys
- De l'autre côté de la rivière, Sibylla - Editions Chloé des lys

A paraître en 2012 chez Chloé des Lys encore, un recueil de nouvelles: Lovebirds et autres histoires de mal d'amour.


 

 
Hôtel de ville new : Photo Jacques Clérin

 
Un spectacle son et lumière le 23/09/2011
vers 21 heures :
 
Au menu : des couleurs et encore des couleurs – pendant une quarantaine de minutes, agrémentées de lasers, lance-flammes et musique, fruits de l’imagination de Luc Baiwir et de Pierre Stembert.
Le tout relevé par la prestation d’artistes comme Patrick Donnay (comédien), Françoise Viatour (mezzo-soprano), Ronny Venta (saxophone) et du quatuor à cordes Strings 4ever.
 
Luc Baiwir est un artiste de renommée internationale spécialisé dans la musique électronique. Ses compositions ont illustré de nombreux films documentaires. Il a participé à de nombreux festivals (Belgique, France, Afrique, Asie) et il s’est occupé de l’organisation d’une multitude de grands événements.
 
Le spectacle mettra en évidence différentes périodes de l’histoire de ce monument :
·         Du petit Trianon à l’Hôtel de Ville
·         Publicité, Sauvegarde du Peuple
·         L’âge d’or
·         La restauration
 
L’accès à ce spectacle sera entièrement gratuit.

 

Mise à jour le Samedi, 24 Septembre 2011 09:01
 

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