Jean-Philippe Darcis : Caché derrière PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Best of Verviers   
Lundi, 13 Décembre 2010 16:57
Jean-Philippe Darcis, ça faisait longtemps que nous avions envie de vous rencontrer pour un échange de fond, sur la vie, les gens, votre passion, Verviers, la ville qui vous a vu naître,... dans le cadre de notre plus ancienne rubrique "Nos gens". Verviers ?

Effectivement, je suis né Verviers. Une ville où je me sens bien. Il faut dire que j'étais loin d'imaginer quand j'ai ouvert ma petite boutique à Verviers rue Crapaurue que j'allais avoir un jour six boutiques, que j'allais voyager dans le monde entier ou participer à tous ces concours importants. Quand je pense à tout ce chemin parcouru depuis 1996, il y a 14 ans, je me dit que c'est assez incroyable !
Mais vous savez, alors que j'étais chef pâtissier chez « Question de goût », j'étais persuadé qu'il y avait du potentiel à Verviers pour mon métier. La ville était réputée pour la pâtisserie, le chocolat. Je me suis dit que c'était positif et je me suis lancé !

- Grandir... L'enfance est un moment magique de l'existence, toute cette aventure de l'enfance vous a-t-elle laissé des souvenirs liés à ce lieu, Verviers ?
Il réfléchit.... Je me souviens que je venais pour y faire mes courses avec mes parents ou pour aller au cinéma dans les galeries Voos. Endroit où j'ai fixé mes premiers petits rendez-vous galants. Même si j'habitais à l'époque à Herve, je donnais ces petits rendez-vous au cinéma à... Verviers. (rires)


- On sent que vous aimez les atmosphères particulières propres à votre ville, Verviers. Qu'est-ce qui vous plaît aujourd'hui dans votre ville ?
Il y a un nombre important de choses à découvrir dans notre ville, je pense à l'architecture,  aux bâtiments exceptionnels, à nos paysages, nos lieux de nature,.... On se rend particulièrement compte de nos richesses, dès que quelqu'un vient de l'extérieur et qu'il nous rend visite. Pour Verviers, je n'oublie pas les parcs. Celui où j'aime aller, reste le parc de l'Harmonie, un lieu paisible. C'est indispensable dans une ville. Dans ce parc, il a des arbres remarquables, le kiosque à musique, le bâtiment de l'Harmonie. C'est une parc qui nous plonge dans le passé, le calme. C'est un bien bel endroit, il faut garder tout ça.

 


- Que dites vous, lorsqu'en tant qu'ambassadeur de notre pays à l'étranger, vous parlez de votre région, pays ?
On me demande souvent d'où je viens. Je réponds alors: « Belgium ».
Lorsque je me rends dans des pays de l'autre côté du monde, il est vrai qu'ils ne connaissent pas tous. Cependant avec Bruxelles et ses institutions, comme capitale de l'Europe , c'est un élément qui aide à établir notre notoriété. A ce moment, ils me répondent : «  Aaaaaah, Belgium,....! Beer and chocolate,.... » Quant à Verviers , c'est encore moins évident ? Je leur réponds simplement : F1, Spa-Francorchamps ou East of Belgium. C'est plus difficile de parler de sa ville.
Pourtant, au Japon, ils aiment l'histoire et sont réellement friands de villes historiques. Avec leurs yeux et leurs mimiques, les « oooooh !», les « aaaaah ! », ils sont expressifs.

 


- Que montrez-vous à un ami de passage dans notre région ?
Près de chez nous, La Gileppe est un bel endroit à voir. En fait, ce que j'aime principalement, c'est l'Ardenne, mais j'y vais trop rarement. On se rend bien compte de la beauté de toute notre région quand on revient du sud par l'autoroute et qu'on se dit «Quels beaux paysages ! ». On n'en profite pas assez.
Il faut faire la promotion de ces endroits de paradis. A force d'y vivre, on ne s'en rend plus compte. Ceux qui viennent de loin sont étonnés de ces magnifiques paysages.

 

 


- Des nouvelles de votre futur musée du chocolat ?
Le projet avance, bien même. J'ai rencontré monsieur Schyns (Celui des fameuses expositions : "20 ans en 45", "SOS planète", "175 ans de la Belgique", "Tintin",...). Un fameux organisateur d'expositions et expos de grande qualité ! 
Nous avons travaillé sur un concept : un espace chocolat où je mettrai mes nouveaux ateliers. Nous avons imaginé un parcours initiatique sur le chocolat : son histoire, sa fabrication, la culture des fèves,...

Mais aussi, l'idée centrale reste de créer une école privée du chocolat et de la pâtisserie. Elle s'adresserait aux amateurs de cuisine. L'idée serait de faire venir des grands chefs du monde entier pour former les chefs professionnels environ deux fois par mois. Sans oublier un calendrier de cours tant pour les amateurs que pour les entreprises.
On a déjà fait les plans d'action, tout est prêt. Il ne reste plus qu'à trouver un endroit, trouver les fonds. Le plus difficile reste le choix de l'endroit.... J'ai eu plusieurs contacts avec la ville dans ce sens, mais il faut trouver un lieu assez grand, avec visibilité... Si  je ne trouve pas sur Verviers, ce sera sur la Province de Liège.


- Enfant, vous reste-t-il un souvenir à propos de la cuisine ?
Mon papa aimait beaucoup cuisiner. J'adorais cuisiner avec lui.

J'ai fait ce métier parce que j'étais assez piètre à un moment donné à l'école. Durant les deux premières années du secondaire, j'étais assez chambardeur et mes résultats n'étaient guère brillants. Mon père m'a un jour dit : « Fini de rigoler ! ».
J'avais fini la deuxième, restait à voir ce que j'allais faire de ma vie. Je lui ai répondu que j'aimais bien la cuisine. Pourquoi ne pas essayer la boulangerie/pâtisserie.

Je suis parti à Namur en internat. Namur parce que j'avais une connaissance qui était là également. J'ai ensuite fait mon parcours où j'ai appris les bases mais ce n'est qu'en cinquième d'humanité que j'ai rencontré un professeur extraordinaire, Alain Depluvrez, un passionné de pâtisserie/décoration, très sévère.
Un des seuls profs vraiment respecté au niveau technique.
Il m'a transmis cette passion pour la belle pâtisserie. C'est grâce à lui que j'ai trouvé cette voie. Il avait suivi mon parcours. Comme on avait des atomes crochus, si un truc compliqué était à faire, c'était pour moi. Je le vois encore de temps en temps. Lorsque je lui ai dit, il était fort ému.

 


 

- On sent bien votre côté convivial et affectif. Retrouvez des amis, des professeurs qui ont été présents sur votre parcours, c'est un bonheur de plus...

Bien entendu ! Aujourd'hui, un outil incroyable existe. Facebook !

C'est bien ! Je retombe sur des anciens potes. Tous les jours, j'ai de nouvelles demandes,  au moins 5 à 10. Ils sont plus de 2500 à être mes « amis ».  Des gens du monde entier, des pâtissiers surtout qui viennent du Mexique, des USA, de Chine, Singapour,... une communauté qui se rejoint ainsi et se donne des idées. Sympa !
Je ne l'utilise pas à usage promotionnel, pour moi c'est surtout l'occasion de rencontrer des gens. Cependant, il faut savoir se servir des nouvelles technologies et de cet incroyable outil.



- Quand on voit le parcours de votre carrière, vos idées, votre audace à créer des projets, on se demande si dans votre caractère d'enfant, vous étiez déjà audacieux ?

En fait, j'étais un enfant assez timide, même un peu peureux. Ce qui me caractérisait surtout c'est que j'étais joyeux.

Un de ces enfant qui aime déjà rire, profiter, avoir des contacts avec les gens. C'est une de mes forces, la joie de vivre. J'aime ce que je fais; je crois en mes projets.

Même quand on me dit tu es fou, j'y arrive toujours même si on doit parfois me tempérer.
Dans la vie, on trouve des solutions, il n'y a pas de problème quand on veut, qu'on est passionné, qu'on persévère, on y arrive. Il faut croire en soi.


Pour ma part, j'ai besoin en permanence d'avoir des idées et des projets, j'ai besoin de créer sinon j'ai l'impression de m'ennuyer.
Il faut canaliser tout cela, ne pas trop s'éparpiller, concentrer ses énergies sur les domaines que j'aime le mieux.
Mes priorités dans mon métier restent le chocolat, les macarons, la pâtisseries.

- La créativité ?

Il faut toujours se montrer créatif dans la vie.
Je crée vite. Je vois des choses ailleurs, je les transcris dans mon monde à moi. Je puise des idées  dans la mode, l'architecture, je me dis que ce serait chouette de réaliser tel projet.
Je puise surtout l'inspiration dans les choses que j'aime. Je ne fonctionne pas avec des noms de personnes célèbres mais plutôt avec des coups de coeur, des couleurs, des odeurs, un endroit,..
Et je me lance, je fais un essai et je me retrouve comme un enfant , comme avec un nouveau jouet,...


- L'enfance, toujours l'enfance. Parlez-nous en ?

Mon papa était fonctionnaire (géomètre), mais il tenait également un commerce.

J'ai eu une enfance heureuse avec mes parents, paisible. Mes parents se sont séparés alors que j'avais 14 ans. Sur le moment même, c'était difficile pour l'ado que j'étais, surtout quand ça ne se passe pas trop  bien.

En regardant en arrière, je me dis que ça permet de prendre du recul sur pas mal de choses, tout ce qu'on te dit n'est pas toujours vrai. Sur le moment même, c'est difficile mais  après, j'ai su analyser les choses plus sereinement. Je m'en sort avec une certaine philosophie par rapport à la vie, on y puise aussi une certaine force.  Mon papa est un homme très convivial, épicurien, qui aime bien vivre, un bon vivant comme on dit. Mes parents ont toujours beaucoup travaillé (à Herve) ce qui fait que  j'ai été très tôt dans le bain du commerce.

Le positif de ce parcours, c'est mon envie de devenir indépendant. Dès que j'étais petit, je savais que je ferais quelque chose par moi-même, que j'allais m'installer. Quand je sortais de l'école, je créais déjà des logos pour mon entreprises alors que je n'avais rien. J'étais en projet, j'activais ma créativité.

J'ai toujours ce même esprit aujourd'hui de vouloir créer, des projets toujours plus gros, plus conséquents. J'ai envie de me rapprocher de ce dont je rêve. Mon papa me disait souvent : « la chance sourit aux ambitieux ».
Plus j'avance, plus chaque projet met du temps à se mettre en place. C'est normal qu'on avance pas si vite. Un des plus grand apprentissage de ma vie reste que j'ai appris la sagesse et la paticence. Je me dis que quand l'opportunité sera là, ça se mettra en place.
 


J'ai toujours eu de la chance dans ma vie.

 

Pour le magasin de la rue Crapaure à Verviers par exemple, je cherchais sans succès. Puis j'ai été trouvé le notaire, maître Roberts, un après midi où je n'avais rien à faire. J'étais sur son palier et juste avant de partir,  il me dit : « Je pense à cette maison qui était à vendre rue Crapaurue ». J'ai contacté la propiétaire, qui vendait toujours son bien.

Elle m'a dit : « Je veux quelqu'un qui fasse revivre la maison, revivre les ateliers ». C'est ainsi que j'ai acheté la maison. Dans la vie, on doit provoquer les choses. Un autre moment important dans ma vie, je cherchais une maison dans les environs depuis trois ans sur le site « Immoweb » et je ne trouvais rien. 

Je pense alors, on va construire.

 

Je dis à mon épouse, je vais te montrer un terrain. Sur le trajet, je vois une maison à vendre, l'affichage était tout récent. Je sonne à l'immobilière et ils me disent, voici une heure que j'ai mis le panneau. On l'a achetée, alors que 7 personnes suivaient après nous.

Quelle chance ! Mais ce n'est pas un hasard, je ne sais pas comment on doit appeler ça. C'est interpellant.

 

Maintenant avec mes projets, je ne me stresse plus, il faut que je sois patient car je sais que ça se réalisera quand ce sera le meilleur moment.

 

 

 

Mon papa m'a toujours forcé à aller au bout des choses.

Parfois à l'internat, j'avais le cafard. Il m'est arrivé de rentrer mais il me reconduisait et me disait qu'on ne peut pas abandonner, dès qu'on a un souci. Il faut s'accrocher. Ce n'est qu'après qu'on y réfléchit.

 


 

 

- La reconnaissance, vous y êtes souvent confronté. Cela vous rend-il  heureux ?

J'ai eu des tas de prix, des moments incroyables dans ma carrière mais ce qui reste le plus beau, c'est quelqu'un qui mange un de mes gâteaux d'anniversaire par exemple et qui te dit : « Que c'était bon ! »
Ca arrive tout le temps. Dans notre boutique, pour rester au sommet  au niveau de la qualité, c'est assez difficile. Il faut donc toujours grandir, améliorer. Ce n'est pas facile, mais c'est amusant. Quand les gens disent c'est délicieux, excellent, c'est un peu comme avec Jacques Stotzem que j'ai rencontré au festival du chocolat et qui me disait après un concert ma récompense s'est d'être applaudi. Moi, c'est le retour et le contact que j'aime

 


 


- Qu'est-ce qui guide votre vie actuellement au niveau des valeurs ?
Ma famille, mes enfants de 8 et 4 ans.
Depuis trois ans qu'on habite ailleurs que sur place dans le commerce où on était 24h sur 24, on est enfin chez nous, on peut décompresser, on profite. C'est important !

 


- Un objet  qui vous caractérise Jean-Philippe ?
J'aime le sel et le poivre, j'aime mettre la dernière touche à mes repas. Assaisonner comme j'ai envie. Mon objet est donc mon moulin de sel et de poivre

- Un resto coup de coeur à Verviers ?
Entre « Sel et terre », pas parce que c'est mon voisin. Giova, le patron est un gars décontracté, il vous reçoit dans un cadre sympa, il cuisine bien. On s'y sent chez soi ! En plus, il cuisine devant vous et ne se prend pas la tête, je l'ai jamais vu de mauvaise humeur. (PS : Il a gagné  le concours des resto préférés des Verviétois 2009-2010 sur Best of Verviers dans la catégorie « Cuisine méditerranéenne »)

 


- Pour clôturer cette longue entrevue un dernier mot de coeur ?
Dans la vie c'est important de faire ce qu'on aime car quand on est passionné on y arrive. La passion ça fait délacer les montagnes.
Il faut toujours aussi travailler pour réussir, sinon ce serait trop beau. Tout n'arrive pas par enchantement. Quand on le fait et quand on aime bien, ça passe plus facilement.

 

 



- Merci Jean-Philippe d'avoir consacré ton temps à cette rencontre pour les lecteurs de Best of Verviers.

Avec plaisir. Ce fut un très bon moment.

Best of, j'y vais de temps en temps. Je ne lis pas tout, mais c'est super important d'avoir des sites comme ça, d'avoir des sites de références qui sont la voix des gens dans notre ville et notre région.

 

Mise à jour le Mardi, 28 Décembre 2010 22:21
 

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