Jamar Martin PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Best of Verviers   
Samedi, 18 Octobre 2008 15:54

- Martin Jamar, merci de nous recevoir chez vous. Cerise sur la gâteau : la sortie de votre nouvelle BD ce 7 novembre 2008. Bonjour Martin!

- Bonjour Christophe

- En quelques mots, qui est Martin Jamar ?

- Je suis père de famille, dessinateur. Je fais un métier que j’aime beaucoup et que j’ai choisi. Mes parents me voyaient avocat. Je me demande, aujourd’hui, comment ils pouvaient m’imaginer en train de plaider ? 
 

J’ai donc suivi, avec succès à l’université de Liège, le cursus de la faculté de droit.  Avec le recul, je me dis que j’ai bien fait de continuer dans la voie du dessin et surtout d’aller vers ce que j’aimais. Nous habitons avec mon épouse et mes enfants sur la place de Limbourg.


 

- Le temps de l’enfance, quelques souvenirs

- Je me dis tout d’abord que j’ai eu une enfance heureuse. Nous habitions Liège. Je suis le second d’une famille de quatre enfants. J’ai deux frères et une sœur. Je suis arrivé très rapidement après mon grand frère.

Au niveau éducation, si l’aîné reste seul un certain temps, les parents sont assez novices avec le premier. Ils pensent bien faire les choses. Je le vois avec mes enfants aujourd’hui. La place du second dans une famille fait que l’on essaye de se différencier un peu. J’ai donc parfois un peu rué dans les brancards, par exemple au niveau de mes études. A cette place de second dans la fratrie, il arrive que l’on se chamaille. Mais adultes, on s’entend à merveille !

Nous  vivions avec mes parents de manière confortable, sans grand problème. Nous nous rendions souvent le week-end chez mes grand-parents paternels à Chevron. C’était la campagne ! Une enfance très préservée… (silence)

 

- Je vous sens proche de la nature, et du calme de la campagne. Le choix d’habiter le joli village de Limbourg a-t-il un rapport avec cette partie de l’enfant qui aimait courir dans la campagne de Chevron ?

- Oui. Nous avons posé le choix de vivre dans un village plutôt qu’en ville. Nous avons habité Liège fort longtemps. Aujourd’hui, j’aurais du mal à revenir habiter en ville, la ville offre bien des tentations (rires). Mon métier demande calme et sérénité.

 


- Calme et sérénité, deux mots qui reviennent  dans votre discours

- Oui ! (Silence…Martin réfléchit longuement)… Enfant, j’étais un peu anxieux. La sérénité reste un but vers lequel j’aspire. Mais je me pose beaucoup de questions (rires)

 

- Une vie d’enfant est souvent remplie d’amitiés, de relations fortes

- C’est vrai ! J’avais quelques amis à l’école et je les ai toujours aujourd’hui. Ce sont des amis pour la vie. Ensemble, nous avons des souvenirs communs qui remontent bien loin !

J’ai aimé les louveteaux. Je revois ces jeux dans les bois. Je me revois galoper. Des images bien présentes… Lors des camps, je pleurais le premier jour lorsque mes parents partaient puis ça passait. Il faut dire que lorsque mes parents partaient, ils nous laissaient chez des amis. Je n’aimais pas être séparé de ma famille. Je me demandais si tout allait bien pour mes frères et ma sœur.

 

- Le temps de l’enfance est aussi celui de l’éveil, la curiosité, le talent naissant. Aimiez-vous dessiner ?

- Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours aimé dessiner. Au début de l’école primaire, je me souviens que je dessinais des oiseaux. Ceux que je voyais dans la nature comme les moineaux, les mésanges,…A ce moment là, je voulais faire les choses de manière assez précise.

C’est assez curieux car j’ai un certain imaginaire pour mes histoires et lorsque je dessine mes albums, j’ai tendance à représenter le réel.

Mes parents voyaient que j’aimais dessiner. Lorsque l’été arrivait avec ses vacances, nous nous rendions souvent à la mer. Voici un événement qui me revient.

Je situe  cette histoire vers l’âge de 6 ou 7 ans car je commençais à écrire. Je me souviens que mes parents m’avaient acheté un carnet de bord dans lequel j’écrivais de petits textes mais surtout, je les agrémentais d’une série de dessins comme des crabes, des bateaux,... Un texte souvent  rempli de fautes, mais des textes très illustrés. J’ai toujours ces cahiers de bord ! (Rires)… Donc pas de rapport avec des cases d’une bande dessinée mais de l’illustration.

Il paraît que j’avais un jour très bien dessiné un personnage de Walt Disney. Mes parents pensaient que je l’avais décalqué. Ils se souviennent que j’avais été très vexé de leur incrédulité.

 

- D’autres artistes dans votre famille ?

- Si ! Mon arrière grand-oncle paternel a été peintre. Il est mort en 1945. C’était « l’artiste » de la famille dont chacun désirait avoir un tableau chez lui. C’est comique de voir comment l’histoire se répète parfois. Lui aussi avait fait des études de droit avant de bifurquer vers le domaine artistique. Dans sa famille, on n’avait pas très bien accepté de le voir suivre une autre voie que celle que ses parents imaginaient pour leur enfant. Il y aura d’ailleurs en 2009 à Liège une exposition JAMAR Armand, le peintre et Martin le dessinateur BD.

 


 

- Vient ensuite le secondaire puis l’université soit le temps des rencontres qui orientent parfois la vie d’un homme…

- Oui ! Durant mes années d’humanité au collège Saint Servais à Liège, les Jésuites (rires), je dessinais souvent sur des feuilles volantes : Caricatures de profs, voitures,…mais pas de BD.

Cette histoire incroyable. Elève, j’avais dessiné sur mon banc une scène de cirque avec son public. Dans celui-ci, des élèves de ma classe, des profs,… Un éléphant sur la piste !

Le lendemain, un professeur avait écrit au tableau : « J’aimerais qu’on arrête de dessiner sur les tables, ça m’a pris du temps de tout effacer. Merci ! » mais il n’avait pas effacé le mien et avait parlé d’un dessin de « bon aloi ». Monsieur Loecoq était mon prof de français à t Servais.

 

En droit à l’ULg, je continuais de faire des caricatures de profs. C’est cependant en quatrième qu’une rencontre importante pour mon boulot a eu lieu. C’est par l’entremise d’une de mes amies qui connaissait mon goût pour le dessin, que j’ai été mis en contact avec un gars qui aimait écrire. Il s’agissait de Franklin Dehousse (le fils de Maurice). Franklin était un garçon très structuré. Il avait des idées précises pour lancer notre projet qui consistait à réaliser un album BD. On s’est lancé ! Tout en discutant avec lui, j’ai eu envie d’aborder l’époque du premier empire. J’avais le pied à l’étrier. Nous avons donc créé notre histoire.

 

- Vous avez un penchant pour tout ce qui touche à l’histoire

- Oui ! J’ai suivi la section latin-grec lors de mes humanités. D’une façon générale, j’aime beaucoup l’histoire et j’aurais pu choisir cette voie.

Si je remonte à l’enfance, je me souviens qu’un de mes hobbys était de fabriquer, peindre des petits soldats. D’abord j’ai acheté des figurines de petits soldats en plastique de la marque Historex je pense, puis j’ai commencé à en assembler vers 10 – 12 ans.

 

Mon grand-père paternel, petit, avait beaucoup de petits soldats de plomb. Il organisait dans ses jeux des batailles dans les bois avec des régiments qu’il faisait avancer, il creusait des tranchées et créait même des cimetières. Sur base de ses indications, j’ai même retrouvé des soldats des années après.

J’aime ce côté Amélie Poulain qui retrouve les vieux jouets cachés dans une boîte en fer. Pour moi, la cachette était dans un bois !

 


 

- Ce travail d’intérêt et de recherche pour créer votre bande dessinée vous pousse-t-il à aller voir des lieux historiques ?

- Je pense surtout aux visites à Paris afin d’y voir certains musées. Je me souviens qu’au musée des arts décoratifs l’on ne pouvait pas faire de photos. J’ai donc passé ma journée entière à dessiner des costumes pour étoffer ma documentation. Je prends également de nombreuses photos de bâtiments. D’une manière générale, pour ma documentation, j’utilise très souvent des livres. Je commence petit à petit à aller chercher des informations sur le et mais c’est assez récent.

Le point de départ d’un dessin est souvent un document : description sous forme de texte, peinture, gravure,… Mon vécu et mon expérience ainsi qu’une part d’imagination permettent de recréer des décors.

J’ai un exemple assez amusant. Je devais représenter Napoléon dans son bureau aux Tuilleries mais ce bureau n’existe plus car détruit en 1871. C’est pourtant un lieu important dans l’histoire. Ma seule source est une description dans un texte que j’ai trouvé dans un livre. Je base donc mes dessins sur ces descriptions.

Peu de temps après, je tombe sur un dessin de Napoléon à son bureau, heureusement pas très différent du mien.

C’est assez frustrant de ne pas disposer de la bonne documentation au moment où l’on en a besoin.

 

Dans mes albums, j’essaye d’être le plus fidèle possible à la vérité historique mais je me permets une petite marge de liberté. Pas besoin d’être irréprochable sur tous les plans. Mes BD ne sont pas des ouvrages purement historiques. Parfois, je reçois une lettre me signalant une petite erreur. Pour un drapeau prussien par exemple, un truc très pointu souvent connu des seuls spécialistes.

 

Pour créer mes personnages, je représente les plus célèbres sur base de portraits d’époque. Pour les autres, c’est comme je les vois lorsque je lis le scénario. Lorsque Jean Duffaux me donne un scénario, il joint aussi un texte décrivant les personnages importants. Description au niveau du caractère. Il arrive que parfois il me dise de penser à tel acteur. Ca me facilite la tâche !     

 

- Quel regard portez-vous sur vos albums ?

- J’ai beaucoup de mal à revoir mes albums. Aucun dont je sois pleinement satisfait. C’est mon caractère qui ressort.

Mon scénariste Jean Duffaux me dit : « Es-tu content ? »  Si je réponds « Oui… Ca va ! », il me dit alors : « C’est que ça va être formidable. »

 

 

- Jean Duffaux semble très important pour vous. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

- J’ai été vers lui. En fait, je le connaissais par ses séries « Jiachomo C. » (avec le dessin de Griffo) que j’aimais beaucoup. C’est l’histoire de Venise au XVIII avec un personnage qui me fait penser à Casanova.

Nous avons fait la même chose pour ma série « Double masque ». Nous avons créé un personnage qui est inspiré par le personnage de Vidocq. C’était une idée de Jean Duffaux. Il y avait eu quelques feuilletons à la télévision sur Vidocq fin des années soixantes. Claude Brasseur avait par ailleurs repris le rôle ensuite. J’ai revu, il y a peu, les premiers épisodes de cette série : C’était d’une grande naïveté. Le feuilleton a fort vieilli.

Jean Duffaux est aujourd’hui mon équipier, mon collaborateur mais aussi mon ami. Il faut dire qu’il aime voir ses dessinateurs. Ca crée des liens.

Ses grandes qualités : il est très humain et possède l’intelligence, celle du cœur. Il est en outre très cultivé, curieux et ouvert à beaucoup de choses. Ce qui m’épate c’est son aptitude à passer d’un gendre à un autre.

Il adore écrire. Je sais que c’est essentiel pour lui. Il écrira certainement jusqu’à son dernier souffle. J’aime la plupart de ses histoires même si parfois elles sont un peu effrayantes. Il est aussi capable d’imaginer à certains moments des histoires très noires.

Sur un an, il sort de 6 à 8 albums.

 

- Le nouvel album de la série « Double masques » : « Les deux sauterelles » sort le 7 novembre 2008. Qui sont ces sauterelles ?

- Elles désignent deux nouveaux personnages qui apparaissent dans ce tome 4. Une est la fille de FOUCHE qui était ministre de la police sous Napoléon, un personnage important. L’autre est sa cousine.

L’intrigue tourne autour d’une tentative d’assassinat de Napoléon à l’époque où il était premier consul (avant qu’il ne soit empereur). La fille de FOUCHE y est mêlée.

Le contexte de cette histoire est à la fois historique mais aussi politique puisque le complot contre Napoléon venait du clan royaliste. Un événement historique important à ce moment là, c’est l’exécution du duc Enghien parce qu’il était descendant des Bourbons.

En fait, Napoléon a fait exécuter un innocent.

 


 

 

- Dans votre série, on même des événements historique avec des personnages fictifs ce que faisais très bien Alexandre Dumas. Comment vivez-vous le quotidien ?

- Au moment où je dessine, je suis plongé dans l’histoire. Cette BD équivaut au travail d’une grosse année où je prends du plaisir. Avec ce tome 4, la série se met de mieux en mieux en place. Maintenant, les personnages sont mieux en main.

J’aime montrer mon travail à Jean car ce que je crée est l’œuvre d’un solitaire. Je montre également mes avancées à ma femme ou mes enfants. Pour ma fille Fanny, c’est toujours formidable et ce qu’elle aime le plus ce sont les chevaux.

 

- Dans ce tome 4, vous reprenez en main les couleurs…

- Oui ! J’ai travaillé sur bleu et aquarelle.

Je me réapproprie l’entierté de mon  travail. C’est une grande satisfaction.

 

 

En primeur pour Best of Verviers, une des premières planches du tome 5

 

- Et  la suite ?

- Je suis porté par la série. Je ne demande qu’à continuer. Les ventes sont bonnes, en France particulièrement. On veut « Double masque » en Belgique, Suisse, Canada mais elle est traduite en néerlandais et en espagnol.

 

- Quel pourrait être votre message ?

Je me demande parfois quel est l’intérêt de faire un livre, d’écrire une histoire ? Ce que je veux apporter, c’est d’abord l’évasion.

Raconter une histoire et faire en sorte que le lecteur s’attache aux personnages.

Si en lus, le lecteur a envie de mieux connaître cette période de l’histoire, même si elle n’est pas entièrement à but entièrement didactique, je suis heureux d’éveiller et de susciter de l’intérêt.

Un dessinateur ne se rend pas bien compte de la manière dont ses histoires sont vécues. J’aime le moment où la discussion s’engage quand les gens me disent : « J’ai adoré votre histoire ».

 

- Si je dis : Limbourg ?

- Un petit havre de paix. Un coin de paradis…

 


 

- Verviers ?

- C’est là que je vais au cinéma. Sinon le festival BD-Vesdre avec sa très belle organisation. J’y ai ét pour la 2 et 3 ième édition. Un autre souvenir vervétois qui me revient, le « Monde en poche », la librairie de monsieur Jacquet.

 

- Un coin vert ?

- J’aime beaucoup des Fagnes

 

- Les artistes régionaux ?

- Jarbinet arce que j’exerce un métier solitaire et c’est un de ceux que je vois le plus souvent. J’adore Hausman et ce qu’il fait. Enfin, je pense à Guy Counhaye. Il a un univers bien à lui (albums avec le professeur Stratus)

 


 

- Le resto que j’aime ?

- Chez Brett’s à Herbiester sans oublier à Limbourg chez « Cabodi », quelqu’un qui cuisine très bien.

 

- Un rêve ?

Aller jusqu’au bout de notre projet « Double masque ». L’idée de suivre la carrière de Napoléon et de consacrer un album par année de règne. En fait, avec ce tome 4, nous sommes en 1804. Sachant que Waterloo, voir St Hélène nous emmène vers 1815….

De quoi rêver ! J’approcherai alors de l’âge officiel  de la retraite.

 

- Merci Martin Jamar pour ce moment partagé dans votre magnifique maison au cœur de la place de Limbourg.

- Merci aussi Christophe

 

Mise à jour le Lundi, 10 Novembre 2008 17:21
 

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