Doucet Marianne PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Best of Verviers   
Dimanche, 18 Mai 2008 14:17


Marianne Doucet, vous êtes née en 1958 à Verviers, présentez-vous en quelques mots.

Il est toujours difficile de se présenter mais je peux dire que je suis une personne qui a toujours donné priorité à sa famille avant tout.

Ma fille volant de ses propres ailes, je peux enfin déployer les miennes, sans aucun regret, et avec la satisfaction d'avoir accompli une belle oeuvre, peut-être la plus belle : celle d'avoir amené ma fille à l'âge adulte avec tout mon amour.

Je pense que ma plus belle oeuvre d'art, c'est mon enfant! Plus simplement, je peux dire que je suis sculpteur (je n'aime pas le mot sculptrice, il est difficile à prononcer!), écrivain ( parce qu'écrivaine me donne l'impression d'écrire pour rien!), comédienne (j'ai beaucoup aimé jouer au théâtre) et enseignante.



Dans notre ville, peu de gens savent qui vous êtes, mais nombreux sont ceux qui aiment votre sculpture-fontaine « La Grâce ».  Quelles sont les réactions des gens par rapport à cette superbe sculpture?

 

Si vous me demandez de vous parler de la fontaine « La Grâce », je pourrais donner beaucoup d'explications mais je préfère vous citer un  extrait du texte que j'ai écrit pour elle.

 

« La grâce c'est recueillir des gouttes de bonheur pour en faire des fontaines où noyer nos chagrins. »

 

Je veux dire par là, que, quelles que soient nos difficultés de vie, nous avons le devoir de tenir debout, pour nous et pour ceux qui nous aiment. Dans les moments de doute, de grande détresse, il est important de continuer à discerner les petits riens qui embellissent notre quotidien. Ce sont eux qui nous aident à pousuivre notre chemin de vie!

 

Je suis très heureuse que vous trouviez ma Grâce superbe parce qu'elle reflète tout ce que j'ai envie de dire. En elle, j'ai mis énormément de souvenirs, de sérénité, d'abandon et d'amour. Peut-être le voyez-vous...?

Je crois que dans un  monde violent, nous avons besoin de beauté, de sincérité et de spiritualité pour retrouver un sens à nos vies.

Les gens apprécient les oeuvres poétiques parce qu'elles apportent un supplément d'âme et une réponse nécessaire aux constructions rigides et fort rectilignes que deviennent nos grandes villes.

 

Ma relation à la terre est physique. Je suis particulièrement sensible à sa douceur, sa générosité, sa force, sa beauté et sa symbolique: c'est à elle que nous retournerons quand nous ne serons plus!

Par mes sculptures, je lui rends un petit hommage.

 

Vous menez de front un travail d'écriture et un travail de sculpture.

Dans votre livre  « Comme de la pointe d'une plume » vous parlez de regain, de renaissance, d' empathie, de regard, d' ascendance, du temps qui passe... .

Pourquoi écrivez-vous?

La vie est rarement tendre, mais les épreuves surmontées nous permettent de nous construire sur de nouvelles bases : sincérité, rejet du superflu et discernement quant aux priorités de vie.

Sculpter ou écrire sont pour moi deux façons très différentes de dire la même chose. Il y est toujours question d'amour, de lumière, de beauté, de sincérité et de courage peut-être...

Quand ma fille était petite, l'écriture était la seule activité artistique que je pouvais me permettre sans avoir besoin de la faire garder. Donc, j'ai beaucoup écrit.

J'ai toujours eu besoin d' exorciser mes doutes, mes peurs et mes colères face à l'injustice du monde.

J'écris la nuit, dans le silence des rêves.

J' écris pour me guérir.

J'écris aussi pour aider les autres: ceux qui ne « peuvent » pas dire, ceux qui ne « savent » pas dire.

Pendant 16 ans, j'ai été bénévole en soins palliatifs. J'ai côtoyé nombre de personnes qui n'arrivaient pas à exprimer leur solitude, leur détresse, leur peur d'une mort prochaine.

J'essayais, avec mes petits moyens, de les aider en plaçant des mots sur leur souffrance et leur détresse. Quand nous y arrivions, ces personnes se sentaient libérées.

Les mots ont un grand pouvoir de résilience et de réparation face aux aléas de la vie.

 

Vous parlez dans votre livre de la  fragilité des choses choses, comme de ces coquelicots que vous aimez.

Avant d'être malade, nous pensons tous être un peu immortels. Puis, le constat de notre “éphémérité” accepté, nous prenons les jours qui nous restent avec plus de délicatesse et de respect quant à cette vie qui nous est seulement prêtée.

Chaque jour vécu est comme un cadeau.

La vie est fragile et c'est ce qui lui donne toute son importance. Si vous coupez un coquelicot, il meurt presqu'instantanément, si vous lui permettez de vivre sur sa racine, il vous inondera de sa beauté même sous la pluie.

Je veux dire par là que nous devrions nous efforcer de laisser chacun prendre sa place sans vouloir l'arracher à son essence.

Peut-être est-ce cela aimer l'autre?


Vous êtes aussi enseignante. Est-ce toujours un métier formidable?

L'enseignement? Oui, c'est un métier formidable mais vraiment trop dévalorisé.

Les qualités des gens ne sont pas assez utilisées et le carcan est lourd.

Je m'y sens à l'étroit (peut-être est-ce parce que lorsque je travaille l'art, la liberté est totale...)

J'aime beaucoup les enfants, leur candeur, leur sincérité, leur spontanéité...

Je me rends compte que j'ai toujours été entourée d'enfants dans ma vie.

Je ne vous cache pas néanmoins que j'aimerais ne vivre que de sculpture ou d'écriture car c'est alors que je sens la plus libre!

Peut-être un rêve que je réaliserai, un  jour...

 

 

 


Parlons de Verviers maintenant.

Verviers est ma ville natale, je l'ai toujours aimée parce qu'elle porte en elle, la trace d'une simplicité ouvrière, la distinction d'un passé florissant, le parfum d'une petite ville qui fut au bord de l'agonie mais qui a trouvé le courage de prendre le chemin du regain et de la  renaissance.

Elle vit sa vie de Ville (vieille et verte) jalonnée de grands combats ouvriers et de belles victoires. C'est ce qui lui donne tout son charme.

Verviers évolue et embellit.

 

Pouvez-vous nous raconter un souvenir d'enfance à Verviers?

Enfant, j'habitais rue de la Nouvelle Montagne. J'aimais cette rue pentue et j'aimais courir dans les prairies derrière chez moi. Je sautais le mur jaune et détalais sans prévenir personne telle une sauterelle avide de liberté. Les genoux toujours encroûtés de blessures (je tombais souvent!), je mangeais des « sûrets » à m'en faire mal au ventre. Je roulais dans l'herbe et dévalais toute la prairie; le corps obligatoirement raide,les bras tendus vers le haut pour rouler jusqu'au bout du pré (un peu comme La Grâce). Là, je me relevais.

M'arrêtant au plus bas de la prairie, juste devant les derniers fils barbelés, il m'était donné à voir le plus horrible des spectacles: le cortège des cochons que l'on amenait à l'abbatoir. Leurs  cris d'effroi me glaçaient le sang, leur pressentiment de la mort prochaine me donnait envie de crier aux bouchers qu'on aurait pu, au moins, endormir ces pauvres bêtes. Je restais pétrifiée, en essayant de me souvenir, ne serais-ce qu'un tout petit moment, de ce cochon-là dont personne ne se souciait. Je voulais lui restituer une singularité, un moment rien qu'à lui.Mais, rien ne ressemble plus à un cochon qu'un autre cochon et je me perdais à force de vouloir le reconnaître!

 

Alors, pour ne plus entendre ces cris de condamnés, je criais, à tue-tête, des injures aux bourreaux (que personne n'écoutait d'ailleurs!). La prairie restait muette face à mes indignations et je remontais la pente, le ventre noué de rage de ne trouver aucun écho à ma révolte.

Le temps passant, je me dis qu'un jour viendra où nous serons peut-être comme ces pauvres animaux à pressentir notre fin prochaine.

Alors, vivons, courons, dansons tant qu'il en est encore temps!

Que restera-t-il de chacun de nous dans cent ans?

 

Quelle est la place que vous préférez à Verviers?

La place que je préfère à Verviers? L'Esplanade de La Grâce, pour moi il ne pourrait en être autrement!

Elle est chargée de souvenirs heureux.

 

 

Jamais, je n'aurais imaginé réaliser un travail pareil. Je remercie d'ailleurs, très sincèrement, Monsieur Desama pour la confiance qu'il m'a accordée. Rares sont les personnes qui vous donnent votre première chance!

 

Que montreriez-vous en premier lieu à un ami de passage en visite à Verviers?

Le parc de l'Harmonie avec son kiosque. C'est un petit jardin secret dans la ville, il est plein de poésie et de charme.

 


 

Le bâtiment de l'Harmonie est très beau aussi. Plus jeune, j'y ai passé des moments mémorables. Ah! Le bal de l'Harmonie... Que de souvenirs...

Ensuite, j'emmènerais mon ami au théâtre. La salle du grand théâtre de Verviers est magique et vaut bien le détour!

Après avoir visité les coulisses, nous irions sur la scène. La scène de la bonbonnière est grandiose. Quand vous y jouez  et que vous êtes face au pubic, un souffle de magie opère (pour peu, vous vous croiriez à la Scala!...). Ce lieu évoque beaucoup de merveilleux moments.

J'ai participé à de nombreux spectacles sur ces planches et ce fut toujours avec le même bonheur!

 

Quels sont les artistes de chez nous qui vous tiennent à coeur?

Pour le dessin,je choisirais René Haussman.

 

 

J'aime son graphisme, ses rondeurs, son imagination, ses forêts enchantées, ses lutins gourmands et son autodérision.

Côté peinture, Roland Materne me rappelle les années heureuses d'apprentissage à l'académie.Sa peinture un peu mystérieuse m'intrigue...

Quant à la musique, c'est à Guy Philippe Luypaerts que je rendrais hommage.

Je crois que c'était un grand monsieur mais malheureusement trop méconnu.

Petite, quand j'étudiais le solfège et le piano, Monsieur Luypaerts m'effrayait, il me faisait très peur. Ses grands yeux, sa stature, sa prestance...

Adulte, j'ai découvert un homme d'une sensibilité extraordinaire pour qui le mot talent avait du sens.

Un homme que j'aurais aimé connaître mieux, disparu trop tôt mais qui nous laisse une musique à son image : une musique impressionniste.


Un café, un resto?

Je me rends souvent à l'Hexagone à Verviers, c'est une brasserie sympa. Elle est au coeur de notre ville et c'est là que je retrouve ma fille chaque samedi midi.

J'aime ces petits moments d'intimité qui nous unissent.

 

Les trois meilleures qualités de notre ville?

1.Sa situation qui est un atout indéniable pour autant que l'on s'ouvre vers des futurs audacieux.

2.Sa reconnaissance artistique : rares sont les villes qui investissent dans l'art et la beauté et qui ont compris l'importance de placer des oeuvres d'art en milieu urbain.

Il me semble que la beauté peut jouer un rôle salvateur contre la destruction et le vandalisme. D'ailleurs, étonnamment, les oeuvres d'art verviétoises sont respectées.

Les gens les considèrent assurément comme des cadeaux.

3.Son souffle novateur qui lui permettra de s'envoler vers de nouvelles pages à écrire.

 

Et si vous deviez inviter nos lecteurs à venir visiter notre ville, que diriez-vous?

Vous qui passez à Verviers, ne passez pas sans me voir. Moi, la ville aux fontaines ruisselantes, aux personnalités illustres, aux histoires fécondes, aux défis relevés et aux artistes mis en lumière.

Je vous attends.

 Marianne Doucet pour Best of Verviers mai 2008

Mise à jour le Jeudi, 18 Septembre 2008 19:43
 

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