Renard Franck : photographe animalier PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Best of Verviers   
Dimanche, 27 Février 2011 17:33
Franck Renard, vous êtes plongé depuis l'enfance dans un bain de nature. On vous sait plus particulièrement attiré par les Fagnes, les grandes forêts de votre belle région spadoise.
Très tôt donc, la grande nature sauvage est à votre porte. Qu'est-ce qui vous attire en premier dans ces forêts spadoises que vous fréquentez durant l'enfance ?
Qui dans votre famille, votre entourage vous donne cette curiosité, suscite l'intérêt pour alimenter une passion pour la nature ?
Il est toujours bien difficile de dire pourquoi on aime les carottes et pas les épinards.  C'est un peu pareil pour la nature finalement.  Dans la famille, je dois sans doute à un cousin une partie de mon attrait pour la forêt.  Mais dans les parents proches, personne n'est dans le "milieu". Dans mon cas, il s'agit donc d'une génération spontanée.  La vie étant faites de rencontres ayant parfois un effet notable et tenace, ma route a croisé celle de personnes ayant eu peu ou prou un impact déterminant.  

Et une fois lancé sur les sentiers tourbeux, je ne me suis jamais arrêté.

 
 
Photo Franck Renard

 

Dès lors et depuis très jeune, il était clair dans mon esprits que parcourir la nature, les fagnes, la forêt, les bords de Vesdre était de toute évidence mon passe-temps favori.  Les insectes ont constitué l'un de mes premiers centres d'intérêt et la fréquentation d'une association maintenant disparue, "Les Naturalistes Verviétois", m'a permis de structurer un peu mieux mon apprentissage.  

Dans le même temps, tout gamin, je voulais déjà devenir garde forestier.  Mes études en sylviculture à La Reid ont définitivement scellé mon sort.



- Vous souvenez-vous d'un livre qui vous a marqué à cette époque ?

Dans les années 70-80, il y avait peu de littérature naturaliste que je qualifierais de régionale.  "La forêt est leur domaine" de Roger Herman était bien sûr un précurseur du genre.  En même temps que "La chasse photographique" de Bauffle et Varin, que je j'ai acheté d'occasion pour quelques dizaines de francs et que j'ai toujours aujourd'hui.  

A la télévision, je ne manquais pas l'émission "Camera au poing" de Christian Zuber.  C'était une des rares occasions d'entendre parler, même brièvement, d'affût, de téléobjectif et de technique de prise de vues.  Alors que maintenant, les livres ou DVD sur la photographie naturaliste sont devenus vraiment très nombreux.


 

- Les enfants nourrissent souvent des projets, rêvent parfois sans la limite alors que les adultes se mettent parfois des freins, s'enferment dans des cages. Vers la fin des années 70,  vers l'âge de dix ans, vous recevez un appareil photographique argentique. C'est le début d'une grande aventure.

En effet.  Un oncle me donne un vieux Yashica Minister D, lourd, chromé, magnifique.  Et un film diapositive de 36 poses.  Ce fût une révélation, la photo devint une passion totalement complémentaire de mes sorties dans la nature.  

L'un ne va pas sans l'autre, depuis plus de trente ans maintenant (la vache ! 30 ans ! :o).  Ensuite, j'ai eu la chance de trainer pas mal mes bottes en fagne avec un vieux monsieur, lui aussi passionné de photo, dont le fils est d'ailleurs un collègue.  

Durant mes vacances, je travaillais pour m'acheter un peu de matériel et puis je suis devenu apprenti photographe chez P-Y Neuville, bien connu à Verviers.  Nature et photo sont constamment resté liés tout au long de mon parcours.  

C'est pas à pas, petit à petit, que je me suis constitué mon sac photo et que j'ai acquis de l'expérience.  Rien n'est arrivé "tout cuit".

 

- Votre métier de garde-forestier est-il la réalisation d'un rêve d'enfant ?

Clairement.  Sans trop savoir en quoi cela consistait, j'ai toujours voulu devenir garde forestier.  La parcours a été long et entrecoupé d'autres métiers.  Les places ne sont pas nombreuses, c'est que ça vit vieux un garde forestier !  J'ai du attendre longtemps un concours de recrutement, attendre encore que des places soient déclarées vacantes au Département de la Nature et des Forêts.  Et attendre encore avant d'être invité à me présenter au bureau du cantonnement de Spa, pour entrer en fonction.  C'était en août 1996.



- Un métier passionnant avec ses joies et ses contraintes ?

En 15 ans le métier a fortement évolué.  Et à entendre les collègues plus âgés, depuis 30 ans cette évolution est encore bien plus importante.  Les missions se sont diversifiées, mais le cadre de travail reste le même : la forêt.  Dès lors, pour celui qui ne craint pas la solitude et qui est capable de gérer et d'organiser sont temps de travail, en même temps que de nombreux imprévus, ce métier offre une qualité de vie exceptionnelle.  Ayant fait d'autres boulots, je peux quotidiennement en apprécier la valeur.  Bien sûr il s'agit également d'évoluer au sein d'une administration fortement hiérarchisée.  Le travail s'effectue dans un cadre légal et administratif assez lourd.  Les contraintes sont donc bien présentes, il faut les intégrer dans son mode de fonctionnement professionnel.  Il faut un temps d'adaptation, mais au final, la balance reste tout à fait positive.



- Les endroits "nature" que vous préférez dans votre région ?

Bien sûr, les Hautes-Fagnes et les forêts avoisinantes sont les endroits que je connais le mieux pour les avoir parcourues à de nombreuses reprises.  La fagne de Malchamps en particulier, puisque c'est en plus une partie du secteur dont je m'occupe dans mon boulot.  Je suis donc "obligé" de m'y rendre très souvent.  Quant on connait bien un endroit, on s'y sens à l'aise, c'est évident.  Mais au hasard des rencontres et de mes pérégrinations, j'ai eu l'occasion de découvrir d'autres endroits vraiment très chouettes.  Notamment le sud de l'Ardenne, bien moins peuplé que par chez nous et donc avec un cachet un peu plus sauvage encore.

 
Photo Franck Renard


- Alors que le photographe animalier est un homme discret, solitaire dans ses longs moments d'approche ou d'affut, vous aimez particulièrement la relation à l'homme peut-on lire sur votre site internet.  Au contraire d'Elzéar Bouffier dans l'Homme qui plantait des arbres de Giono, la solitude de ces moments passés dans la nature ne vous retire pas l'envie de partager, dialoguer, exprimer vos émotions et votre passion ?

J'apprécie l'allusion à Elzéar, cette histoire de Giono est pleine de sens, l'une de mes préférées.  Bien sûr, la solitude fait partie intégrante de ma vie et de mes activités.  C'est une état de fait, voire un état d'âme qui me convient tout à fait.  Parce qu'elle est nécessaire bien souvent lorsque j'opère dans la nature en totale discrétion, mais aussi parce qu'être seul offre de longs moment de réflexion et de plénitude.  Ceci étant, être solitaire n'implique pas forcément une isolement total et permanent. Photographier sous-entend de communiquer régulièrement, par plaisir, par opportunité ou par nécessité.  Le partage des rencontres et des expériences est également une façon de compléter son apprentissage permanent, en plus que de vivre quelques très bons moments entre amis partageant la même passion.



- Les livres que vous signez, sont-ce une manière de partager ces images magiques, ces moments d'attente au bout duquel on se dit, c'est magique ?

Réaliser un livre, c'est bien sûr une manière de partager et de faire vivre par procuration ses propres aventures.  Mais lorsque je démarre un projet, je n'ai pas de prétention artistique ou mystique.  J'essaie d'abord de me faire plaisir en relevant le petit défi qui consiste à donner corps à des mots et des images.  A constituer quelque chose de cohérent et de divertissant.  Si le résultat final est réussi, que cela plait et que des personnes m'en parlent avec intérêt, alors oui, ces petits moments là sont eux aussi magiques.

 

 
Photo Franck Renard

 

- Et puis les oiseaux, ceux-ci sont vraiment ceux que vous préférez. Parlez-nous de votre dernier ouvrage ?

Après les insectes, lorsque j'étais gamin, les oiseaux sont rapidement devenus mes sujets de prédilection.  Je n'ai pourtant pas la prétention d'être un ornithologue au sens pointu du terme.  J'apprends constamment de nouvelles choses sur les oiseaux.  Ils me servent le plus souvent de prétexte à voyager.  Pour espérer voire telle espèce, je devrais me rendre à tel endroit précis.  Et c'est la bonne excuse pour mettre sur pied un voyage, quelque part en Europe.  Un véritable moteur, ou plutôt un carburant.  Je ne suis pas particulièrement à la recherche de l'espèce rare, mais plutôt d'un contexte, d'un environnement particulier, celui dans lequel vit l'oiseau que je recherche et espère photographier.  Et comme on ne se refait pas, le plus souvent, c'est vers les tourbières scandinaves que me conduisent mes envies de coqs de bruyère roucoulants.
A force d'accumuler des images en même temps que de l'expérience, j'ai réalisé un petit guide sur la photo d'oiseaux et édité en 2009 par le magazine français Image et Nature.  L'occasion de partager quelques trucs et astuces pour photographier les oiseaux sauvages.



- Un séjour en écosse, c'est l'occasion de ….

Mon dernier voyage s'est terminé il y a quelques jours à peine.  J'étais en Ecosse.  D'autres terres de tourbières et de brumes.  Des espaces bien plus vastes que chez nous, des paysages dignes des plus beaux décors de cinéma. Avec un ami photographe français, nous avons parcourus les hautes terres des Highlands et les plages rocheuses de l'ile de Skye, à l'ouest de l'Ecosse. L'occasion de rencontrer les cerfs locaux, le lagopède alpin en livrée blanche et une famille de loutres curieuses.  Une nouvelle opportunité de vivre des moments simples et riches en émotions naturalistes.

 



- Qu'est-ce que vous voudriez laisser comme message à vos futurs futurs petits enfants ?

Et bien probablement rien.  J'ai l'intime sentiment que c'est de son vivant que l'on a l'opportunité de faire passer un message, si tant est que ce soit un objectif dans la vie.  

N'ayant pas la prétention d'être ni un artiste, ni un philosophe, je n'ai pas vraiment la certitude que l'on se souviendra de moi après ma mort.  Il restera peut-être quelques livres, mais qui s'y intéressera encore ?  

Cela ne me pose d'ailleurs pas de problème existentiel.   J'ai la chance de vivre en équilibre avec ma famille, mon métier, ma passion et de ne jamais me demander ce que je vais faire en me levant le matin.
Lorsque j'ouvre les rideaux de la chambre, mon regard se pose immédiatement sur la forêt.  

Un bonheur à savourer chaque jour !

Merci Franck pour cet échange de vie autour de votre passion, de qui vous êtes et de ce qui vous anime ! Un grand moment pour nous en votre compagnie.  !

Mise à jour le Dimanche, 27 Février 2011 18:01
 

Commentaires  

 
0 #3 Renaud Tiquet 08-03-2011 09:36
Merci Franck et BestofVerviers pour ce bon moment de lecture en toute modestie.
Bonne continuation photographique!
 
 
0 #2 Bouffier Elzéar 07-03-2011 19:47
"la solitude fait partie intégrante de ma vie et de mes activités. C'est une état de fait, voire un état d'âme qui me convient tout à fait. Parce qu'elle est nécessaire bien souvent lorsque j'opère dans la nature en totale discrétion, mais aussi parce qu'être seul offre de longs moment de réflexion et de plénitude", loin de toute l'agitation de notre société ! Interview de fond bien intéressante ! Merci Franck Renard.
 
 
+3 #1 Jean Nizet 07-03-2011 10:01
Remarquable : quelle belle vie, un travail reste évidemment un travail, mais lorsqu'on l'a choisi cela va déja mieux et comme mot de la fin lorsqu'on atteint l'équilibre c'est la percection.
Et merci de laisser vos découvertes à la disposition des lecteurs de vos beaux livres. Bonne continuation à vous!
 

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