"Maulnes", de Pierre-Jules Gaye PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Jeudi, 20 Juin 2013 21:32

Samedi Coup de cœur d’Albert Moxhet

Un vent favorable a déposé sur ma table de travail Maulnes, voyage au centre du pentagone, un ouvrage écrit il y a quelques années par un Verviétois d’origine, Pierre-Jules Gaye, journaliste à "L’Yonne Républicaine". L’occasion de découvrir un bien étrange château du XVIe siècle.

 
Pierre-Jules Gaye, que l’on connaissait sous le diminutif de Peppy durant sa jeunesse verviétoise, après avoir suivi les cours de l’École supérieure de Journalisme de Lille, comme un certain nombre de nos compatriotes de sa génération, est devenu grand reporter et, comme journaliste à "L’ Yonne Républicaine", a pris en charge les questions politiques, l’aménagement du territoire et les collectivités territoriales. Le coup d’envoi de son intérêt pour Maulnes, c’est le tournage par une équipe de TF 1 d’une séquence sur ce château qui venait, en 1997, d’être racheté par le Conseil Général de l’Yonne.

Construit de 1566 à 1572 près de Tonnerre, dans l’est de l’Yonne en Bourgogne, ce château présente la particularité très rare d’être un bloc sur plan pentagonal, donc sans cour centrale. On ne connaît pas son architecte, mais on sait qu’au milieu d’une vaste forêt giboyeuse, il fut édifié sur l’emplacement d’un château plus ancien qui recouvrait déjà des sources. C’est Antoine de Crussol, duc d’Uzès, époux de Louise de Clermont-Tonnerre, confidente de Catherine de Médicis, qui fit bâtir ce château et ses dépendances que l’on retrouve quelques années plus tard dans un livre recensant Les plus excellents bastiments de France. Le couple lui-même était surprenant : lui, huguenot, elle, catholique, établissent, pendant les guerres de religion qui déchirent la France, un lieu isolé qui se distingue par la mise en valeur des idées de la Renaissance. L’histoire ultérieure de Maulnes est une suite d’avatars assez rocambolesques : abandons et affectations diverses – une verrerie s’y installera même aux XVIIIe et XIXe siècles – se succèdent avec des épisodes variés. Le général Pershing y installera son état-major en 1917, Aristide Briand y passait volontiers en se rendant à la SDN à Genève, Le Corbusier l’a visité, Patrice Chéreau y emmènera Isabelle Adjani pour quelques scènes de La Reine Margot

Cependant, des artistes, des écrivains, des défenseurs du patrimoine s’en inquiètent, pillages et ruine se profilent de plus en plus nettement. Mais des archéologues et autres savants de divers pays, États-Unis, Angleterre, Allemagne, produisent des études approfondies sur Maulnes, son architecture et sa signification philosophique fondée sur le pentagone et le nombre d’or. Parmi eux, le Dr. Jan Pieper, professeur aux universités de Berlin et d’Aix-la-Chapelle, et qui habite … Montzen. Il vient chaque année à Maulnes avec ses étudiants en architecture et dresse avec eux les plans et des coupes du château, comme celle de l’escalier à vis qui, au centre du bâtiment, arpente le puits de lumière reliant les trois sources à l’oculus du toit.

 

 

Mis hors de danger, Maulnes sera restauré afin d’être conservé tel quel, comme c’est le cas chez nous pour la château de Franchimont, par exemple. Mais il fait l’objet d’études très poussées dans différents domaines de l’archéologie, notamment l’architecture, l’hydrogéologie ou la disposition des plafonds et planchers écroulés depuis longtemps, mais aussi les rapports des nombres, étant donné sa structure pentagonale,...

S’il n’est plus aujourd’hui en pleine forêt, Maulnes n’en reste pas moins un endroit qui recèle encore de fabuleux mystères. Pierre-Jules Gaye, dans son ouvrage amplement illustré, y promène le lecteur en compagnie de quelques amis et d’érudits qui cherchent les réponses à de subtiles questions. Comme dans l’escalier du puits de lumière, si on croit être déjà passé à tel endroit, on se rend vite compte que le point de vue est différent et vient compléter notre vision des secrets de ce lieu. Si la route, un jour, vous conduit en Bourgogne, faites le détour vers Maulnes, c’est à 25 km à l’est de Tonnerre, dans la commune de Cruzy-le-Châtel. L’accueil est organisé dans les anciens communs.    

[Référence : Pierre-Jules GAYE, Maulnes, voyage au centre du pentagone, Auxerre, L’Yonne Républicaine, 1999, ISBN 2-9504103-6-7]     

Mise à jour le Jeudi, 20 Juin 2013 22:10
 

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