Effets pervers PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Lundi, 03 Octobre 2011 21:06

Samedi Coup de gueule d’Albert Moxhet 

Cela a fait quelque bruit dans la presse, qu’il s’agisse de l’information directe ou de réactions de lecteurs : 300 000 € wallons investis pour la forêt d’Équateur. Quand on ne regarde que dans son jardinet, on peut évidemment trouver que c’est beaucoup pour quelque chose qui ne nous concerne pas. Si on a un regard plus large et réaliste, on sait que les grands problèmes – climatiques notamment – se vivent à l’échelle de la planète et que l’avenir de nos enfants et petits-enfants se joue tout spécialement dans la sauvegarde des grandes forêts, qu’elles soient d’Amazonie ou d’Extrême-Orient.

Le cas de l’Équateur a sans doute une résonance particulière dans notre pays, Rafael Correa, l’actuel président équatorien, y ayant fait une partie de ses études et son épouse étant belge. D’autre part, les 300 000 € wallons investis en Équateur participent au financement international d’un projet visant à empêcher l’extraction du pétrole dans une réserve naturelle habitée par des populations indigènes, le ˝parc˝ Yasuni, proclamé par l’Unesco Réserve Mondiale de la Biosphère.

 

Trois forages pétroliers avaient été opérés dans cette réserve sur les sites d’Ishpingo, Tambococha et Tipulini, d’où l’appellation Yasuni ITT retenue pour désigner le projet de sauvegarde approuvé par l’Unesco, qui a donc créé le fonds international auquel la Région Wallonne vient d’apporter sa contribution.

Le propos est simple : le président Correa s’engage à ce qu’on extraie pas de pétrole de Yasuni, mais demande en compensation que son pays reçoive des pays industrialisés quelque cinq milliards de dollars. 

Le dessous des cartes 

Cela paraît très bien. Ce qu’on sait moins, c’est qu’en réalité, le pétrole qui se trouve sous Yasuni n’est pas d’une excellente qualité et que son exploitation serait fort onéreuse.

En promettant de sauvegarder cette réserve naturelle, Rafael Correa se dédouane aux yeux de l’opinion internationale et conserve les mains libres pour autoriser ailleurs dans la forêt, sur cinq millions d’hectares, les dégâts irréversibles qu’amène obligatoirement l’industrie pétrolière : destruction du cadre naturel, pollution du terrain et du réseau hydrographique, destruction physique, sociale et morale des populations indigènes et de leur riche savoir traditionnel…  

C’est sur ces points que, dans la région verviétoise, on est particulièrement sensibilisé, puisque c’est de Verviers et de Theux qu’est parti, dès 2003, Frontière de Vie, un ample mouvement de soutien aux Indiens Kichwa de Sarayaku, directement menacés dans leurs droits et leur existence par les pétroliers, qui n’hésitent pas à utiliser la violence, avec parfois des appuis officiels.

Ces Indiens gèrent environ 135 000 hectares de territoires ancestraux dont, à la suite d’une longue lutte, ils ont obtenu de l’Etat équatorien les titres de propriété collective. La forêt primaire de Sarayaku, riche en biodiversité et en plantes médicinales, est encore intacte et sans pollution. La population de Sarayaku, dont José Gualiga, le président, a épousé une Theutoise, Sabine Bouchat, de Jehanster, est non-violente, mais elle n’entend pas se laisser détruire. Elle a d’ailleurs intenté à ce sujet un procès à l’État équatorien devant la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme, procès dont on devrait connaître le dénouement à la fin de cette année.

En 1992, à la suite de longues et difficiles démarches, les Indiens d’Équateur arriveront à être reçus au Palais du Gouvernement, à Quito, où ils négocieront de spectaculaires avancées dans la Constitution Equatorienne : l’Equateur devient un état pluriculturel et reconnaît des droits spécifiques aux peuples autochtones. Les habitants de Sarayaku obtiennent les titres de propriété officiels de leur territoire, ce qui est une avancée historique incontestable. Cependant, l’exploitation du sous-sol, par intérêt national, reste possible mais nécessite leur consultation et leur accord. C’est là que le bât blesse, comme l’ont montré divers événements par la suite.

 


 

Le piège

Élu président en janvier 2007, Rafael Correa, bien que non indigène, a été soutenu, durant sa campagne, par l’immense majorité des Amérindiens (env. 40% de la population), notamment à Sarayaku, assurant qu’aucune exploration ni exploitation pétrolière n’aurait lieu dans les territoires des peuples indigènes sans leur consentement.

Peu de temps après son arrivée au pouvoir, il a également remporté, par referendum, l’accord du peuple équatorien pour la création d’une assemblée constituante qui aurait le pouvoir de modifier la Constitution.

En fait, pour les Indiens, cela représente un véritable piège pouvant déboucher sur une redoutable régression. En effet, au nom des principes sacrés de liberté et d’égalité, le président Correa tente ainsi de supprimer les droits et protections accordés aux Indiens en 1992. Et qu’il refuse aussi le dialogue avec les représentants politiques – pourtant élus – des organisations indiennes.

 

Dans une ligne qui s’affirme aujourd’hui très clairement – et qui peut se comprendre – , les gouvernements des pays d’Amérique du Sud cherchent à obtenir leur indépendance économique vis-à-vis du Nord et de l’Occident, grâce principalement à l’exploitation de leurs ressources pétrolières, même si cela doit se faire au détriment des peuples amérindiens, qui passeront pour de mauvais citoyens s’ils réclament le respect de leurs droits … et de l’Humanité entière, privée du poumon des forêts. Et l’on ne dira pas non plus que la dette dont ces pays veulent s’affranchir a été largement provoquée par l’économie colonialiste des multinationales du pétrole.                                                                                                    

( Documents www.frontieredevie.net )

Mise à jour le Mardi, 04 Octobre 2011 16:10
 

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