Seyfo 1915, un génocide oublié PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Samedi, 13 Février 2016 00:37

Samedi Coup de cœur d’Albert Moxhet


Je me souviens avoir eu quelque temps un élève – fort intelligent, d’ailleurs – qui m’avait dit qu’étant Syriaque, sa langue maternelle était celle du Christ, l’araméen. Une exposition itinérante, visitable à l’Archéoforum de Liège jusqu’au 5 mars, permet d’en savoir un peu plus sur ce peuple qui, comme les Arméniens fut, en 1915 et pour les mêmes raisons, victime d’un génocide perpétré par l’Empire ottoman. Mais un génocide oublié par l’histoire.

 
Il faut savoir que les Syriaques, ce sont les Assyriens, désignés aussi comme Chaldéens ou Araméens. Leurs ancêtres sont les Sumériens, Akkadiens et autres Babyloniens qui ont dominé la Mésopotamie durant l’Antiquité (entre 4000 et 539 av. J.-C.). De multiples inventions telles que la roue et l’écriture symbolique puis cunéiforme, mais aussi dans le domaine des lois, des techniques de guerre ou de l’art ont permis à l’Empire assyrien – syriaque pour les Grecs – de dominer pout le Proche-Orient au VIIe siècle a.C.n., l’araméen devenant la langue officielle de l’Empire perse au siècle suivant.

 


 

Les Assyriens furent parmi les premiers peuples à adopter le christianisme ; entre le IIIe et le XIIIe siècle, ils développèrent en langue syriaque une littérature florissante qui a été utilisée pour retranscrire la philosophie grecque vers l'arabe. L’arrivée des Arabes au VIIe siècle et celle des Turcs au XIe siècle réduisent leur territoire comme une peau de chagrin. Sous l’Empire ottoman, leur situation se dégrade jusqu’à subir un génocide (Seyfo) en 1915. À la suite de cette tragédie, les rescapés et leurs descendants vont progressivement quitter la Mésopotamie qui va être partagée entre la Turquie, la Syrie et l’Irak.

 


 

Fondé au XIIIe siècle, l’Empirre ottoman s’étendait sur de vastes territoires et comportait de nombreux peuples dont tous n’étaient pas traités de façon égale, Chrétiens et Juifs , par exemple, considérés comme citoyens de seconde zone, n’avaient pas accès à des postes officiels et devaient payer des impôts supplémentaires. À la fin du XIXe siècle, la situation politique a fait de l’Empire ottoman "l’homme malade" de l’Europe. Pour raffermir son autorité, le sultan va jouer la carte du panislamisme et l’on voit s’organiser des pogroms dont seront victimes les Assyriens. À cela s’ajoute, quelques années plus tard, le mouvement des "Jeunes Turcs" qui veut moderniser l’État en préconisant exclusivement l’union des Turcs et en assimilant les autres ethnies musulmanes. Ce qui exclut les autres communautés, en particulier, les Arméniens,  les Syriaques et les Grecs d’Anatolie. La religion devient outil de propagande et, en 1915, ces trois peuples sont qualifiés d’ennemis intérieurs, de traitres et livrés au massacre organisé, sous couvert de la guerre menée aux côtés de l’Allemagne.

 


 

Plus de 500 000 Assyriens, autant de Grecs et 1 500 000 Arméniens, soit trois quarts de ces populations,  seront ainsi exterminés, des survivants ayant parfois réussi à trouver un refuge après de longues marches dans des conditions difficiles et dangereuses. Après la guerre, le nouvel État turc poursuivra cette politique jusqu’en 1923, le génocide s’étant en fait étendu sur près de trente ans. Il constitue l’apogée d’une persécution entamée depuis longtemps. L’exposition présentée à l’Archéoforum fournir beaucoup de données sur ce massacre d’un peuple et de sa culture et le visiteur se prend à comparer la situation au Proche Orient à un siècle d’intervalle, d’autant plus que les djihadistes de l’État Islamique mènent actuellement une politique d’épuration ethnique et religieuse fort semblable à celle de 1915. Mais d’autres éléments de comparaison surgissent à l’esprit : alors que l’Empire ottoman utilisait les Kurdes pour exterminer les autres communautés, ce sont eux qui sont aujourd’hui massacrés par l’État turc, lequel prend aussi prétexte de la guerre contre l’E.I. pour faire bombarder les villages kurdes. Et à chaque bout du siècle, on observe la grande inertie des pays occidentaux pour remédier aux causes de cet état de guerre permanent dont des promesses non tenues ne font qu’accentuer l’intensité.

 


 

Notons qu’un monument dû au peintre et sculpteur Moussa Malki et commémorant le génocide des Assyriens (Syriaques) en 1915 a été inauguré en 2015 à Banneux.

 

 

 

[L’Exposition Seyfo 1915. Le génocide des Assyriens (Syriaques) se tient à l’Archéoforum, place Saint-Lambert, à Liège, jusqu’au 5 mars, Du mardi au samedi de 10h à 17h. Fermé le dimanche, le lundi et les jours fériés légaux. Accès gratuit à l’exposition. Renseignements et réservations : 04/250.93.7004/250.93.70 ou Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ]

Sources et illustrations : dossier pédagogique de l’exposition.        

Mise à jour le Samedi, 13 Février 2016 01:01
 

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