"Le Chant de la Fleur" en avant-premières PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Albert Moxhet   
Vendredi, 20 Septembre 2013 10:43

Samedi Coup de cœur d’Albert Moxhet

On sait combien notre région est liée à la communauté des Indiens Kichwa  de Sayaraku, en Amazonie équatorienne. Sabine Bouchat, l’épouse de José Gualinga, président de Sarayaku, est Theutoise et l’asbl Frontière de Vie, qui soutient ce peuple dans sa lutte pacifique contre l’invasion des compagnies pétrolières, a son siège à Verviers.

 
En cette fin de septembre ont  lieu les avant-premières du film Le Chant de la Fleur, réalisé à Sarayaku par  Jacques Dochamps, lui-même theutois, au moment où, en 2012, fait exceptionnel, une commission de la Cour Interaméricaine des Droits Humains est venue sur place se rendre compte du bien-fondé du procès intenté par Sarayaku  contre l’État équatorien pour viol de ses propres lois concernant les territoires des peuples indigènes. 

 

 

Ce film présente  de grandes qualités. Formellement d’abord, puisque c’est ce qui  accroche en premier le regard et l’attention : l’image est excellente, faisant ressentir la somptuosité des lieux dans les plans larges, mais aussi, en plus rapproché, les détails du quotidien autant que les menaces du pétrole. La musique d’Ozark Henry s’intègre à l’ensemble avec justesse et discrétion, sans jamais se faire remarquer pour elle-même.

 

La construction générale est astucieuse, car, en plaçant dès le début la visite de la CIDH, le réalisateur crée un temps fort dont les autres éléments du film seront la démonstration concrète de ce qui a été dit au président de la Cour par la population. Et le spectateur se rend ainsi compte de la réalité des arguments avancés. On perçoit que ce film est ressenti par l’intérieur, que ce n’est en rien un documentaire réalisé par des "explorateurs" visitant une région méconnue. Ici, on ne regarde pas vivre une population, on vit avec elle et le concept de démocratie surgit de lui-même dans son authenticité, par exemple dans les interventions des habitants sur la situation endurée lors des invasions pétrolières, mais aussi et surtout peut-être dans cette formidable séquence de la pirogue halée dans la forêt, avec cette simple phrase de José Gualinga : « Nous travaillons tous ensemble pour le bien-être de chacun. »  

 

Avoir placé tout le film entre les deux séquences nocturnes où don Sabino, le chamane, définit ce qu’est le chant de la fleur donne une grande unité à l’ensemble, pourtant très diversifié dans les aspects du quotidien. La grande sérénité de ces séquences nocturnes accentue encore le contraste avec  le choc des séquences de la pollution pétrolière initiées par la torchère brûlant dans la nuit après avoir été aperçue au-delà des arbres.

L’alternance, au montage, des séquences de la pollution et de celles qui montrent le travail de plantation et ses corollaires est particulièrement efficace et la voix off de José Gualinga, intervenant avec concision et clarté, renforce la sensation  de perception par l’intérieur qui sous-tend tout le film.

Il y aurait énormément à dire sur la cohésion interne de la réalisation. Tout se tient de manière véritablement organique, comme dans un fruit. Pour autant que je puisse en juger, tout ce qui fait de Sarayaku un témoin-clé de notre époque est dans ce film. C’est ce qui donne sa portée universelle à la phrase que dit José Gualinga : « La forêt est notre mère, nous sommes l’embryon, le fœtus. Si on détruit la mère, nous mourrons aussi. »

 


 

[Le Chant de la Fleur sera donné en avant-première en présence de José Gualinga,Sabine Bouchat et Jacques Dochamps le vendredi 27 septembre à la salle Comédis (Télévesdre) à Dison, avec un débat, et le samedi 28 au Malmundarium, à Malmedy. Infos et réservations : www.facebook.com/lechantdelafleur , Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. )

Mise à jour le Vendredi, 20 Septembre 2013 11:19
 

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