Les jeunes filles de la campagne en service à Verviers PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Wynants   
Mercredi, 28 Avril 2010 16:16

En 1997 parut la traduction française d’un ouvrage très intéressant de Diane DE KEYZER, Madame est servie. Vivre au service de la noblesse et de la bourgeoisie (1900-1995), éd. de la Longue Vue, Bruxelles.

Ce livre passionnant montre, à travers des témoignages, quelle était l’existence des domestiques, en particulier des domestiques flamands dans des familles francophones, puisque noblesse et bourgeoisie, même en Flandres, étaient essentiellement francophones.

Je vous invite à lire cette étude...

disponible à la bibliothèque communale de Verviers

Mais il serait illusoire de penser que ces situations ont existé uniquement loin de chez nous.
La région verviétoise, porte ouverte sur la francité, ou du moins sur la belgitude, constitue aussi un terrain de choix pour l’accueil de personnel de maison originaire des campagnes et notamment des proches régions germanophones ou patoisantes.
Je pense à telle jeune fille de Rocherath, « placée » à Verviers dans les années 30 et tellement acculturée qu’elle épouse un fonctionnaire verviétois et finit par ne plus du tout se trouver à l’aise, surtout après 1945, dans son milieu d’origine.
Telle demoiselle de Gemmenich, à 18 ans, travaille dans une famille d’industriels verviétois tandis que sa jeune sœur de 15 ans est au service d’une autre famille de Heusy. Aussi dans les années 30.
Une autre, de Bullange cette fois, servante à Verviers, finit par épouser un pur Verviétois. Encore dans les années 30.
Et, après la guerre, cette jeune Waimeraise, issue d’une famille  nombreuse, se retrouve aussi « en service » chez nous.
Et l’on n’en finirait pas de citer des cas semblables.

Il y a encore ces servantes qui ont fini par épouser en secondes noces leur patron devenu veuf. Ce qui s’est présenté plusieurs fois. Puis ce jeune homme de la bourgeoisie locale qui tombe amoureux de la servante de ses parents, native de Burg-Reuland…

Voilà un sujet qui mériterait de plus amples recherches. Je rêve d’un étudiant qui choisirait ce thème pour son mémoire de licence. Malheureusement, malgré mes suggestions aux professeurs d’université que je connais, l’étude reste à faire.

 


La jeune fille qui atterrit à Verviers risque de tomber seule en terrain hostile ou du moins inconnu. Les parents s’en rendent compte. Heureusement, depuis 1902 existe à Verviers la Protection de la Jeune Fille, œuvre catholique particulièrement attentive à ces situations. Œuvre couplée à l’Oeuvre des Gares où l’on prend en charge spécialement les jeunes filles qui débarquent sur les quais de Verviers-Ouest puis de Verviers-Central.
Ultérieurement, cette institution sera gérée par des sœurs salésiennes (1936) mais, dès 1922, sous l’égide de Thérèse Mali, elle loge des jeunes filles, offre des repas, un lieu de rencontre (récréation et prière), un service de placement efficace. La Protection de la Jeune Fille et l’œuvre des Gares existaient déjà à Cologne fin du XIXe siècle, présidées par Madame Jeanne TRIMBORN-MALI. Sa sœur Thérèse assurera le relais à Verviers. Madame TRIMBORN (1862-1919),  issue de cette famille  si importante au moment du démarrage industriel verviétois, a épousé Karl TRIMBORN, ( 1854-1921), avocat, député du Zentrum catholique. Au début de l’occupation de 1914, Trimborn passe à Verviers dans l’administration militaire allemande. En 1918, il sera un éphémère ministre du nouveau gouvernement allemand.  
La petite histoire verviétoise rejoint parfois la grande histoire !
Quant à Thérèse, célibataire qui occupe l’imposante maison familiale de la rue de la Cité (qui existe toujours, totalement dénaturée), née en 1859, elle décède le 23 février 1936.
Jacques WYNANTS et SVAH, 2010

Sources :
Louis BECKERS et Léonard GARDIER, Une école,, une rue, un siècle, éd. Pierre de Lune, Dison, 2000
Louis BECKERS, Le square Mali –rue de la Cité, dans Temps Jadis, n° 84
Karl Trimborn, dans http://de.wikipedia.org/wiki/Karl_Trimborn consulté le 23.1.2007
Archives du doyenné de Verviers et de la paroisse Saint-Remacle
Archives privées


 

Mise à jour le Mercredi, 28 Avril 2010 16:22
 

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