Révolution 1830 à Verviers PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Wynants   
Dimanche, 28 Septembre 2008 07:35
A Verviers, les faits révolutionnaires de 1830 ne se déroulent pas fin septembre, mais bien fin août, précisément les 28, 29 et 30.

On se souvient de la représentation à Bruxelles de la Muette de Portici, le 25, représentation qui est un peu le déclencheur des événements.

Ces troubles bruxellois sont connus à Verviers le 27.

Immédiatement, la bourgeoisie prend peur et, comme à Liège, forme une commission de sûreté publique. La garde communale est convoquée, une nouvelle garde urbaine est formée.

Le lendemain, donc le samedi 28, la « populace », selon les termes d’une chronique bourgeoise, se rassemble sur le marché où l’on brandit un drapeau tricolore français. Le soir, plus de mille ouvriers sont sur le marché, l’hôtel de ville est envahi, drapeau tricolore en tête, l’étendard hollandais est arraché, les gardes sont désarmés.

Ce samedi soir, les maisons de certains notables sont dévastées : Thier-Mère-Dieu, la résidence d’un inspecteur des contributions, rue des Raines celle du receveur des contributions directes, d’autres encore…

Il y a surtout l’affaire Lys. Pierre-Nicolas-Emmanuel-Marie Lys (1773-1849) est notaire, receveur de plusieurs bureaux de bienfaisance, tréosdrier du conseil de fabrique de Saint-Remacle. Il habite là où se situent actuellement les bureaux de l’Enregistrement, en Crapaurue.

Quand les émeutiers s’attaquent à sa maison, et cela va durer du 28 au soir jusqu’au 29 au matin, Lys est parti à un bal, à Spa. Son épouse est seule. Tout est dévasté, il ne reste vraiment que les murs. Tout ce qui brûle passe au feu, y compris des billets de banque, des documents notariaux, mobilier et chambranles… Pierre David, qui veut intervenir, manque de se faire assommer.

Pourquoi s’en prendre spécialement à Lys ? Cela reste peu clair. Il est riche, il est notaire, il s’occupe de bureaux de bienfaisance. Sont-ce des raisons suffisantes ?

L’affaire trouvera son épilogue devant les tribunaux en 1834, car Lys exige réparation, et largement.

D’autres assauts menacent encore des maisons de notables ou des locaux jugés symboliques de l’oppression économique. Les émeutiers veulent se répandre dans les fabriques et aussi mettre le feu au mont de piété.

Le dimanche 29, la situation se calme un peu. D’abord, parce que les révolutionnaires sont fatigués. Ensuite parce que quelques personnes du monde des affaires vont influer subtilement sur le cours des événements. Elles prennent en charge les gages de moins de 10 florins au mont de piété, elles financent une baisse de 10 cents du prix du pain.

D’où revirement immédiat de la « populace », d’autant que la commission de sûreté publique se sent obligée d’interdire l’usage des tondeuses dans les usines.

En périphérie, ce dimanche est beaucoup moins calme : incidents à Andrimont, ; Ensival et surtout Dison.

Mais le 30 est vraiment un jour clé dans cette saga. Des machines démontées  de la firme Simonis passent ostensiblement en ville et dans d’autres usines aussi il faudra accepter le démontage.

Par ailleurs, Léon Simonis, de 23 ans, membre de la famille bien connue, parvient à influencer les foules et à orienter trois cents pillards verviétois vers le marché d’Aubel. Ils reviendront triomphants, accompagnant des charrettes de grain.

Pendant ce temps, en ville, on organise et structure la garde urbaine dont l’uniforme ne comportera désormais plus les couleurs françaises, mais  bien les franchimontoises.

Le mardi 31 août, la commission de sûreté publique prend fermement  le pouvoir en ville.

Deux jours plus  tard, de nombreux pillards sont arrêtés. Les prisons de Verviers et de Liège débordent. Ils seront jugés par la cour d’assises de Liège en juin 1831.

 

Pour les classes populaires, le bilan est décevant. Les tondeuses, supprimées quelques jours, sont réintroduites dès le 8. Des taxes communales, annulées le 1 septembre, refont surface le 11. La baisse du prix du pain ne se maintient, et provisoirement, que pour les détenteurs de bons d’achat distribués chichement.

 

Le 17 septembre, par rapport à la situation politique générale et au soulèvement anti-hollandais, la commission de sûreté publique de Verviers garde encore une attitude de prudente expectative, qui ne sera levée que quelques jours plus tard.

 

Dans une chronique à venir, nous envisagerons les causes des événements de Verviers dont nous venons de parler.

 

Jacques Wynants, président SVHA

 

Pour en savoir plus :

-          lire, de Jean FOHAL, Les Evénements de 1830 à Verviers et aux environs, Verviers, 1930

-          -participer à la Journée de l’Histoire qui aura lieu le 25 octobre au CTLM (informations sur le site www.svah.be ou au tél. 087-33 87 04)

 

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