La place du Martyr à Verviers, lieu symbolique des affrontements au XIXe siècle PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Wynants   
Lundi, 24 Octobre 2011 10:00
Loin de tout  esprit polémique, nous voulons simplement montrer que les tensions idéologiques et politiques du XIXe siècle pourraient se retrouver schématiquement autour de la place du Martyr.

On connaît le triste de sort de Grégoire Joseph Chapuis, médecin idéaliste.
Ami des pauvres, magistrat intègre, Chapuis n’est pas un tribun populaire, ni un praticien célèbre.
C’est un «  brave homme », un homme de bien.
Après ses études à Paris, il revient à Verviers en 1785 et participe à une association qui veut aider les déshérités.
On sait ce qu’il advint de la principauté de Liège dans les années 1790.

Ce démocrate engagé devint suspect dès que les Français durent battre en retraite en mars 1795.


Rentré imprudemment à Verviers, il fut arrêté par les hommes du prince-évêque. Son épouse mourut alors qu’il était en prison.
Le 30 décembre 1795, il fut condamné à mort, après  neuf mois de détention.
Le 2 janvier 1796, il fut décapité place du Sablon (place du Martyr), de façon assez choquante.


« Mort pour l’indépendance du pouvoir civil ». « L’éducateur et bienfaiteur du peuple ».
Deux inscriptions sur le socle de son monument à propos desquelles il n’y a rien à redire.

 


Mais voilà, le XIXe siècle est, comme déjà dit, un siècle de luttes féroces.

Après bien des vicissitudes, l’ancienne église des Récollets, siège du « miracle » de 1692, désormais appelée église Notre-Dame, devint église succursale, donc paroisse, en 1833, confiée à un premier curé, l’abbé Meunier qui, en 1842, célébra solennellement les 150 ans du miracle.


Voilà ce culte relancé.
Ultérieurement, et à de nombreuses reprises, de grandes cérémonies eurent lieu à Notre-Dame

.

Tout cela ne plaît guère aux anticléricaux verviétois, d’autant qu’une annonce émeut l’opinion : bientôt, des Jésuites à Verviers…
Deux d’entre eux arrivent  en ville, rue Masson, à côté de la chapelle St-Lambert, en 1845.
Depuis plusieurs mois déjà, leur venue est annoncée comme un fléau par le libéral Journal de Verviers.

Un collectif de francs-maçons, abrités sous le pseudonyme de Gilles Potaie, lance ses brûlots dans la presse libérale.
De véritables émeutes se produisent, notamment en septembre 1845. Qu’importe. Les premiers Jésuites arrivent, soutenus par les industriels catholiques.
En 185è, dernière grande manifestation anti-jésuite à Verviers, mais c’est trop tard…

Voilà le climat… et nous passons sur beaucoup d’épisodes.

Et quand, en 1880, on inaugure la statue de Chapuis, œuvre de Joseph Antoine Nelson, c’est dans un esprit polémique : cet officier municipal intègre ne peut être qu’un anticlérical, un martyr de la cause laïque…

La statue regarde vers la gauche, vers l’église Notre-Dame.

Pauvre Chapuis, un vrai chrétien, ouvert au monde, en avance sur son temps et bien éloigné du médiocre climat religieux dans lequel baignent les notables de son époque… Il l’a payé cher !

Mise à jour le Lundi, 24 Octobre 2011 14:43
 

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