Side-car avec une FN 500 culbuteur de type M67 de 1927 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Michel Mohring   
Mardi, 01 Février 2011 18:34

Je pense qu’une passion évolue avec le temps, quelque soit la passion me semble t-il.               

La moto n’échappe pas à la règle. Ainsi lorsque les enfants ont été en âge  de gambader, il m’a suffi d’adapter un side–car à un de mes ancêtres pour emmener ma petite famille en promenade, et ne rien changer à mon hobby. Les rallyes organisés sont nombreux et situés dans la région. C’est une expédition que d’embarquer ma petite tribus et tout ce qui va avec (nourriture,vêtements,trousse à outils et pièces de rechange) dans un side-car préhistorique avec l’espoir que la journée soit sans soucis.

La préparation d’un tel attelage ne peut rien laisser au hasard ou à peu près. La sécurité de la famille est une priorité.   

                      

Les motos d’avant-guerre sont conçues pour recevoir n’importe quel side-car à condition que la moto elle-même soit capable de tirer un poids supplémentaire. Il est donc nécessaire de posséder un véhicule de grosse cylindrée, une 500cc par exemple.
                      

Comme vous pouvez le voir sur la première photo mon choix a été de réunir un superbe side belge de marque FBS fabriqué tout en carton et avec pare-brise, monté sur un châssis rigide  mais sans frein, à une magnifique FN 500 culbuteur de typeM67 de1927.

 

Cette brave FN500 je l’ai dénichée dans la région de la Baraque  Fraiture. Le vieux monsieur qui me la cédée a travaillé toute sa vie à Vielsalm et n’a possédé qu’une seule moto .

En additionnant les kilomètres parcourus, on dépasse le demi-million. C’est dire la qualité de cette FN. La moto est dans un état de conservation remarquable, seul le réservoir est à changer. Celui-ci ne correspond pas à l’année du modèle. Après plusieurs année de bons et loyaux services, j’ai déniché un nouveau cylindre pour ce modèle et à peine installé le reste a commencé à casser. La puissance retrouvée fragilisait  l’ensemble du moteur.

L’attelage ainsi constitué a toujours été à la hauteur de toutes les situations même périlleuses, à quelques exceptions près. Vous allez comprendre.

 

 

 

 

 

                     Par un beau dimanche de printemps, nous voilà partis pour une sortie organisée par le Motor Union de Liège dans la région d’Aubel. Les petites routes sont magnifiques pour nos ancêtres et la vitesse nous permet d’admirer le paysage surtout mon attelage surchargé qui fait de son mieux dans les côtes, mais qui s’affole dans les descentes. Et justement se présente devant moi une petite descente vertigineuse qui me surprend, j’anticipe mal mon freinage  le frein de la moto ne suffit pas à ralentir le side-car.

Rétrogader de vitesse ne change rien pas plus que le décompresseur du moteur. Encore bien  que personne ne circule en contre sens et la pente s’adoucit gentiment ce qui me permet d’immobiliser l’attelage juste avant de traverser une grand route. Ouf, j’ai eu chaud.
                      
                       A vrai dire je ne suis pas un spécialiste du pilotage de side-car. Lors d’une autre sortie, le road book signale un quitter droit.  Au moment de tourner, la roue du side prend une ornière. Le side rebondit et se lève, d’instinct je contre braque, mais il faut bien tourner, je vire de plus belle.

J’accroche une grille d’entrée de ferme qui mal fixée se couche, l’attelage escalade la grille et se retourne les trois roues en l’air sur un tas de bois. Mon fils Patrick qui dormait dans le fond du side ne s’est même pas réveillé. Après les excuses auprès du fermier la balade s’est poursuivie comme si de rien n’était.

                 

Mes aventures au guidon de side–car sont loin d’être terminées. Comme toutes ont une fin heureuse, elles se racontent le soir au coin du feu en famille et forment ainsi de merveilleux souvenirs.

                   Après la guerre, la FN recommence à fabriquer des motos. Les prix demandés sont plus démocratique et correspondent aux besoins des gens mais nous sommes loin des motos de prestiges d’avant la guerre. Je retrouve une FN typeXIII450 et je m’aperçois que le cadre a été scié dans la partie basse et à droite comme si un élément du genre side-car manquait. En questionnant monsieur Simens ancien agent FN il me certifie qu’une petite série a été construite sous forme de tricar c’est-à-dire indémontable.

Tout porte à croire que mon FNXIII fait partie de cette série. En questionnant mes amis collectionneurs, un de ceux-ci Roland, me dit avoir vu un morceau de side-car avec la fameuse roue tirée (caractéristique typique del’FNXIII) au pied d’un arbre dans une prairie de Romsée près de Fléron. Je m’empresse d’aller chercher ce tas de ferraille et vous me croirez si vous le voulez mais le trais de scie entre le cadre et le morceau de side correspond exactement. Je reconstitue le châssis  d’origine de ce trois roues rarissime (on ne connait que celui là).

Petite explication de ce qu’est une suspension à roue tirée. Si vous poussez une brouette et qu’un obstacle se présente à vous la roue a difficile de franchir cet obstacle, si vous tirez la brouette la roue passe très facilement la difficulté .C’est tout simplement le principe appliqué sur cette FN. La fourche a été haubanée pour fixer l’axe de pivot de la roue devant celle-ci. Géniale idée sur le papier mais loin d’être reconnue sur le terrain. La série suivante de la type XIII est équipée de la fourche télescopique que nous connaissons encore aujourd’hui.

 La XIII première série est une magnifique moto de collection et procure beaucoup de plaisir à son propriétaire.

 


 

                   Piloter un tel tricar demande beaucoup de maitrise et d’entrainement du fait de sa suspension. En effet, l’amortissement ne se fait pas avec des ressorts mais avec des anneaux en caoutchouc appelé anneaux Neiman. Le système est connu pour amortir la selle, mais l’avoir adapté comme suspension général sur l’ensemble d’une moto c’est un pas que je n’aurais jamais franchi. Cerise sur le gâteau, le side aussi a comme suspension les anneaux en caoutchouc.  La moto a une fâcheuse tendance à rebondir sur nos routes dont l’état est bien connu de nos utilisateurs.

Exemple : Par une belle journée de printemps  mon attelage se promène à vive allure sur une superbe route de campagne qui hélas pour moi se transforme en chemin de terre aux ornières profondes. Malgré une vitesse adaptée l’FNXIII se met à rebondir et tanguer dans tous les sens au point de m’envoyer dans un champ cueillir les marguerites, sans conséquences heureusement.


                         Voici une autre histoire qui se déroule dans nos Ardennes. La route serpente le long de la Lienne. La vallée est  magnifique, la route est sinueuse. Voici un virage en épingle à cheveux qui tourne vers la gauche, la suspension du side situé à droite prend toute la charge de l’attelage,  les anneaux en caoutchouc s’allongent démesurément  si bien que la pointe du châssis traine sur la route dans un bruit de ferraille épouvantable. Incroyable mais vrai. Plus de peur que de mal, nous l’avons échappé belle.  J’imagine la tête des ingénieurs de la FN de savoir qu’une telle situation pouvait se produire.


              Demandez à Saint Nicolas  l’immense plaisir qu’il a eu de rendre visite au Scout de Dison assis dans le side le coffre remplis de friandises traversant les couloirs de l’école dans un bruit d’enfer et faisant irruption dans la salle de gymnastique où étaient rassemblés les jeunes. Au jour d’aujourd’hui il doit encore s’en souvenir.


             Il m’est impossible de vous conter cette belle aventure de side-car sans y associé mon beau père Jean Lejeune dit Pépé tant il a une place importante dans cette passion .Lui-même motocycliste depuis longtemps et membre fondateur du VMCB (il est assis au fond d’un des side-car sur la photo prise en 1931 avec ses parents).C’est grâce à lui et a son aide précieuse que ma collection a pu s’étoffer de la sorte.

 


 

Une multitude de personnes le connaisse pour sa passion pour les Honda mais aussi passionné de la première heure pour les ancêtres et plus spécialement pour les FN. Son side Précision attelé à une superbe M86 de 1936 est connu de tous. (Le moteur de la M86 est à mes yeux le plus beau moteur jamais réalisé chez nous, son bloc moteur est très pur, sa culasse en bronze massif est de toute beauté , ses réglages de soupapes avec molettes extérieurs sont originales)

 

A près de 85 ans, il raconte avec enthousiasme ses nombreux souvenirs sur les rallyes , les promenades ou les Liège-Nancy-Liège avec dans le panier Mémé, ses amis, enfants et petits-enfants. Qu’il en soit ici profondément remercié.
                

 

La relève est assurée. Mon fils Patrick vient de terminer la restauration d’une Gillet de 1930. A force de chercher il a déniché un châssis sur lequel il conçu un side de type torpille. La photo montre son attelage  dans un rallye Gillet. Quelques adaptations sont encore nécessaire pour fiabiliser  l’ensemble.

            Cet article consacré aux side-cars ne peut se terminer sans la photo de mes trois petits enfants à bord du side de leur papa .Dans l’expression de leur visage vous voyez le bonheur de se promener dans un véhicule d’un autre âge surtout si c’est papa qui le conduit.

Mise à jour le Mardi, 01 Février 2011 19:49
 

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