Ces petits bonheurs... Imprimer
Écrit par Jean-Marie Poncelet   
Jeudi, 26 Août 2010 14:08

 

 Pour cette chronique, j'ai décidé de vous faire partager deux instants merveilleux que j'ai vécus ces derniers jours.

Il est un oiseau mythique, pour un bon nombre d'ornithologues, que nous voyons trop peu souvent dans notre région et que, probablement, beaucoup d'entre vous n'ont jamais vu, ni peut-être jamais entendu parler: le Torcol fourmilier.

Ce magnifique oiseau, au plumage mimétique et aux plumes ressemblant aux écailles des reptiles, est malheureusement en train de disparaître de Wallonie et son nombre en Europe est en constante diminution. Quelques dizaines de couples nichent encore en Ardennes, en Hautes Fagnes et surtout en Gaume. Lors de la migration, on rencontre le Torcol dans des milieux ouverts à végétation assez rase (prairies, coupes à blanc, jardins...).

Cet oiseau, à peine plus gros qu’un moineau avec lequel il est parfois confondu par les non initiés, a un plumage de la même couleur que le bois sur lequel il est posé. Le dessus de la tête, le dos et la queue sont gris avec une bande noire qui s’étend de la nuque à la base de la queue, les ailes sont brunes tachetées de noir, la gorge est de couleur crème avec de petites taches noires, le ventre est blanc tacheté de noir et la queue est barrée transversalement de barres noires diffuses. Un trait sombre passe sur l’oeil et rejoint la nuque. Le bec est assez court et pointu. Le Torcol doit son nom à la curieuse façon qu'il a de tordre le cou et tourner la tête dans tous les sens.

 

 Ayant été averti, par Internet, du début de la migration de cet oiseau, je décidai de partir à sa recherche. Pendant plusieurs jours, je circulai dans les campagnes, scrutant les piquets des clôtures, un support habituel de cet oiseau, sans résultat. Il faut quant même vous dire qu'en cinq ans je ne l'ai vu et photographié que deux fois. Je suis habitué à l'échec. Le quatrième jour de mes recherches, je décidai d'aller à un endroit où j'ai l'habitude d'observer des petits oiseaux des haies, mais où jamais je n'ai vu le Torcol. Arrivé au-dessus du petit chemin fort étroit, empierré et pas en bon état, je coupai le moteur de la voiture et me laissai descendre doucement. Tout à coup, j'aperçus la silhouette caractéristique de cet oiseau... c'était lui... il était à quelques mètres de moi, posé sur un piquet. 

 

Directement, j'attrapai mon appareil photo, sortis l'objectif par la fenêtre, visai l'oiseau et déclenchai une petite série de photos. Je ne sais pas si c'est le bruit de l'obturateur ou bien pour une autre raison, mais il s'envola beaucoup trop rapidement à mon goût. J'aurais aimé qu'il restât encore un peu avec moi. Il me laissera un bon souvenir et son cri, lorsqu'il décolla, est encore bien présent en moi. Encore un très beau moment que m'a donné la nature...

 

 

 Je me permets à présent une petite sortie de notre belle région, mais ce que j'ai vécu ce 19 août est un moment fabuleux que j'ai vraiment envie de partager avec vous.

En période migratoire, un petit limicole venant de Sibérie fait parfois une halte en Belgique. Cela fait plusieurs années qu'il s'arrête quelques jours en Hesbaye, dans le Hainaut et en province de Luxembourg. Depuis trois ans au moins, j'essaye, en vain, de voir cet oiseau. .

Ce petit échassier plus ou moins de la taille d'une grive, est le Pluvier guignard. C'est une des rares espèces chez laquelle la femelle est à la fois plus grande et plus colorée que le mâle. Les rôles entre sexes sont inversés. C’est elle qui chante et « mène » la parade nuptiale. Ensuite, elle se contente de pondre, le mâle s’occupant seul de l’incubation des œufs, puis de la surveillance des petits, qui sont nidifuges. D'après ce que j'avais lu, on le disait peu farouche et très tolérant à l'homme et vous allez voir qu'on était en-dessous de la réalité 

 

Ayant appris qu'une douzaine d'individus se trouvaient sur le Plateau du Gerny (région de Marloie), nous décidâmes, avec mon épouse Joëlle, de nous y rendre pour y admirer ces magnifiques oiseaux. Arrivés à l'endroit où les oiseaux devaient se trouver, nous commençâmes à scanner aux jumelles et à la longue vue le champs devant nous. En vain, pendant plus d'une heure nous passâmes en revue le terrain en long et en large... aucune trace des oiseaux, aucun cri ne se fit entendre. Je me dis que les oiseaux étaient repartis vers leurs lieux d'hivernage. Dommage, ce ne sera pas encore pour cette année! Le soir même, je vis sur Internet que ce n'était pas une douzaine d'oiseaux qui se trouvaient sur le Plateau du Gerny, mais une trentaine... je râlai: où étaient-ils ce matin? Nous avons peut être mal regardé ou bien ces oiseaux étaient-ils cachés dans une dépression? Je décidai donc d'y retourner le lendemain avec cette fois, deux copains ornitho-photographes. Aurais-je plus de chance cette fois-ci? Me revoilà au même endroit que la veille, devant le même champs. L'observation aux jumelles commença... après quelques minutes, Marc me dit: "Je viens de voir bouger... là au bout", il essayai de me situer l'endroit, je pointai mes jumelles dans cette direction et, "bingo": ils étaient là... Marc me dit: "J'en vois deux" et de lui répondre: "Non, pas deux mais..." je commençai à compter 2, 3, 4, ... et ainsi de suite, je venais d'en voir 18. Le temps d'enfiler nos bottes, nous décidâmes Marc, Michel et moi, d'essayer d'approcher les oiseaux qui se situaient à une centaine de mètres de notre position... beaucoup trop loin pour faire une photo.  

Nous avançâmes, éparpillés pour ne pas les effrayer. Arrivés à une cinquante de mètres, un petit arrêt pour prendre quelques photos, on ne sait jamais qu'ils ne s'envolent. Notre approche continua doucement, est-ce à cause de nous ou à cause du tracteur qui hersait le champs, mais les oiseaux s'envolèrent pour se reposer un peu plus loin, dommage qu'ils ne soient pas venus dans notre direction. Mais,  heureusement pour Marc et moi, Michel, qui a toujours "des fourmis dans les jambes" et qui ne sait pas rester en place, décida de les prendre à revers. Avec Marc, nous décidâmes de nous asseoir et de ne plus bouger... on observait Michel d'un oeil et les oiseaux de l'autre pour voir, s'ils s'envolaient, l'endroit où ils se reposeraient. Michel arriva assez près des oiseaux, nous le vîmes faire des photos... pour nous, c'était toujours l'attente.

 

Soudain, les oiseaux furent dans le ciel et le groupe se divisa en deux... une partie s'éloigna et l'autre passa près de nous pour se poser un peu sur notre gauche. J'eus le temps de faire quelques photos en vol, mais, à mon avis, le résultat ne devait pas être exceptionnel.

 

 

Nous changeâmes de place avec Marc, car nous avions vu un individu seul cherchant de la nourriture... on s'approcha doucement en laissant l'oiseau à 10 m, celui-ci continua de manger comme si de rien n'était. Michel avançait toujours, tout doucement, dans la direction du petit groupe. Les oiseaux se rapprochèrent de nous. Je décidai de me coucher, pour avoir un meilleur appui, car mon matériel commençait à peser. Marc, quant à lui, était assis et prêt à passer à l'action. J'étais sûr que cela allait devenir intéressant. Apparemment, pour les oiseaux, nous faisions partie du paysage. Ils étaient là devant nous à quelques mètres à peine, parfois trop près pour faire la mise au point. Quel régal d'être tolérés dans leur intimité. Nous restâmes avec et parmi eux pendant plusieurs dizaines de minutes. Michel nous avait rejoint. On les photographia, on les observa, c'est très rare d'être aussi près des oiseaux surtout sans camouflage. Les oiseaux étaient en confiance, certains mangeaient, d'autres se reposaient ou faisaient un brin de toilette lissant leurs plumes. Tout doucement les oiseaux s'éloignèrent, tout en continuant leur quête de nourriture. Nous, nous sommes repartis heureux et conscients de la chance que nous avions eue d'avoir pu vivre un instant au milieu de ces oiseaux sauvages..

 

 

les oiseaux sont à quelques mètres de moi

 Nous sommes en période migratoire, ouvrez l'oeil il y a moyen de faire de belles rencontres. Bonnes balades, bonnes observations! 

 

jean-marie poncelet

www.jmponcelet.be
Mise à jour le Jeudi, 26 Août 2010 15:45