Noctambules... PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean-Marie Poncelet   
Lundi, 13 Juin 2011 09:51
 

Pour beaucoup de gens, les oiseaux nocturnes se résument à quelques cris ou chants entendus ci et là. Certaines personnes ont la chance d'avoir des rapaces nocturnes près de chez eux.


Quant à moi, je connais quelques endroits, tenus secrets, où je peux photographier certaines de ces espèces.

Comme celles-ci sont sensibles au dérangement, vous comprendrez aisément que je ne vous dévoile pas ces lieux.

Pour commencer, une petite visite chez un couple de Chevêche d'Athéna qui niche depuis plusieurs années dans notre belle région.
Pour ceux qui ne connaitraient pas cet oiseau, il s'agit d'un de nos plus petits rapaces nocturnes. Sa taille est d'environ 21 à 23 cm, son envergure 50 à 56 cm pour un poids compris entre 140 g à 200 g.
Comme chez la majorité des rapaces, la femelle est plus grosse que le mâle. La Chevêche d'Athéna se nourrit essentiellement d'insectes, de vers de terre, de petits mammifères, de petits oiseaux et même d'amphibiens. Contrairement à d'autres rapaces nocturnes, on peut la voir régulièrement pendant la journée, souvent elle passe des heures immobiles sur son perchoir: un pylône parfois, un vieux mur ou un arbre dans un verger.

Allez! En route. Je vous y emmène virtuellement.

Arrivé à une centaine de mètres de l'endroit, je gare ma voiture. A cette époque, les haies sont bien fournies et je vais pouvoir me cacher. En automne ou en hiver, je privilégie de rester dans ma voiture pour ne pas déranger les oiseaux, mais la petite route est étroite et je n'aime pas gêner le trafic, certes peu important.

Avant d'arriver en bordure du verger où se trouve le nid des petites Chevêches, je prépare mon appareil. Je fais quelques préréglages, si l'oiseau me voit, le risque est important pour qu'il s'envole plus loin. Une Chevêche d'Athéna ne dort que d'un œil et, si même elle paraît assoupie, ses sens restent en éveil. J'approche doucement.

Je profite du passage d'un tracteur pour m'approcher. Je suis en place à une dizaine de mètres de l'arbre qui porte le nichoir. Pas besoin de jumelles, la distance est minime. J'écoute aussi, je pourrais entendre son cri: un "werro" retentissant et criard. Rien!

Je ne vois, ni n'entends rien. Ce n'est pas pour cela qu'elle n'est pas là, car son mimétisme et son aptitude à ne pas bouger sont importants. Pendant de très longues minutes qui me paraissent des heures, je vais scruter chaque branche, les anfractuosités du tronc.

Malheureusement, à cette période, la couronne végétale de l'arbre est très fournie et les nombreux bouquets de gui ne facilitent guère ma recherche. Déçu! Je suis déçu, car les conditions de prises de vue sont optimales. Il ne manque que l'oiseau. Je m'apprête à repartir lorsque je perçois un tressaillement. Quelques feuilles viennent de bouger là-haut. Je reprends espoir.

Je fixe mon objectif dans cette direction et, tout à coup, je vois ou plutôt je distingue, entre les feuilles, un oeil jaune. Elle est là juste à coté de moi. Nous sommes seulement séparés par quelques branches et quelques feuilles, mais cette végétation m'interdit de faire la moindre photo. Mon seul espoir est qu'elle change d'endroit.

L'attente est assez longue. Je ne sais pas vous dire si j'ai attendu une heure ou deux, mais ce que je peux vous certifier c'est que, dans la position inconfortable où je me trouvais, cela m'a paru une éternité. Heureusement, et sans savoir pourquoi, en un instant, elle est perchée devant moi à découvert. Pendant de nombreuses minutes, je la photographie. Parfois elle me regarde, à d'autres moments elle ferme les yeux. Je pars la laissant finir sa "nuit".

Je suis content et je savoure ce beau moment que m'a encore procuré la nature.  
  

Ensuite, grâce à un coup de fil providentiel, une ...

 

Autre belle rencontre.

Il y a quelques semaines, j'étais à l'affût dans ma voiture espérant photographier des petits passereaux lorsque mon téléphone sonna. Un copain me prévenait d'une très belle rencontre avec une nichée de Grands-ducs d'Europe.

Aussitôt les coordonnées de l'endroit encodées dans mon GPS, je me mis en route en espérant réaliser un vieux rêve: voir et photographier ce magnifique rapace nocturne dans son environnement. J'en ai déjà rencontré, mais dans des parcs animaliers et dans un centre de revalidation. Pendant le trajet, je vais vous en dire un peu plus sur cet oiseau.

Le Grand-duc d'Europe est le plus grand de nos rapaces nocturnes. Une taille de 60 à 75 cm, une envergure de 1.6 à 1.88 m, pour un poids entre 1.5 à 3 kg en fonction du sexe de l'oiseau. L'iris de ses yeux est orange et le dessus de sa tête comporte faisceau de plumes fines faisant penser à des oreilles, les aigrettes. Il chasse en début de nuit et à l'aube. Son régime alimentaire: tout ce qui bouge. Cela va des scarabées aux jeunes faons des cervidés, mais la majeure partie de leur régime consiste en mammifères (campagnols, rats, souris, renards, lièvres), et aussi des oiseaux de toutes sortes. Ils peuvent aussi consommer des serpents, lézards, batraciens, poissons et crabes. C'est aussi un redoutable prédateur de chats.
Une trentaine de kilomètres plus loin, j'étais à pied d'oeuvre. Je savais où je devais garer ma voiture et aussi le chemin à prendre pour ne pas effrayer les oisillons. Mon coeur battait la chamade comme à un premier rendez-vous. C'était un peu le cas. Tout doucement, j'avançai en évitant soigneusement de faire le moindre bruit.

 

D'après ma source, les oiseaux se trouvaient dans la paroi d'une ancienne carrière. J'étais maintenant à une centaine de mètres du nid. Pas question d'approcher trop près. Interdiction formelle de provoquer le moindre dérangement des oiseaux. Une chance pour moi, j'arrivai par le dessus de cette ancienne exploitation minière. J'approchai tranquillement du bord  et m'installai à plat ventre. Je saisis mes jumelles et commençai à scanner la paroi rocheuse.

A droite: rien. En face: toujours rien. Je dirigeai mes recherches vers la gauche: bingo ! ils étaient là. Je pouvais en voir deux, l'un couché et l'autre dressé contre la paroi. Je fus surpris, car ils étaient déjà très costauds. Déjà beaucoup de plumes et très peu de duvet. Dans la position où je me trouvais, il m'était impossible de faire la moindre photo. Je vis sur la gauche un petit buisson.

Directement, je me dis que c'est peut-être l'endroit idéal pour me positionner et faire quelques photos. Je devais être vigilant, car ces oiseaux ont une vue perçante et je n'avais pas envie de les voir rentrer dans leur caverne. Je pris mon appareil photo et me dirigeai, courbé, vers les petits arbustes. Je me redressai, épaulai mon appareil et fis directement quelques photos.

Au premier déclenchement, l'oiseau couché se redressa légèrement. Je ne savais pas si c'était à cause du bruit du déclencheur ou bien s'il m'avait vu?

 

Les deux oiseaux me fixaient littéralement dans les yeux. Je restai encore quelques minutes à faire des photos. Je ne savais pas si malgré la distance (+/- 65 m) les photos seraient à la hauteur de l'émotion que j'avais ressentie. Cela a été une de mes plus belles rencontres. 

 

 

Bonnes observations, bonnes balades et je vous retrouve après les vacances que je vous souhaite agréables.
Jean-Marie Poncelet

www.clic-nature.be

Mise à jour le Mercredi, 22 Juin 2011 06:08
 

Commentaires  

 
0 #2 Renaud Tiquet 22-06-2011 07:12
Lire ce genre d'article au réveil,est tout de même mieux que de lire la gazette!
Bel article sur ces rapaces que j'ai rarement eu l'occasion de voir dans mon viseur. Bravo Jean-Marie, bonnes vacances!
 
 
0 #1 Jean Nizet 22-06-2011 06:45
Magnifique, Merci de nous les envoyer et quelle patience, mais comme écrit "le résultat vaut l'effort". Il faut avoir essayé pour comprendre la difficulté, personnellement j'avoue avoir abandonné!
 

Vous n'avez pas le droit d'ajouter un commentaire : veuillez vous connecter ou vous enregistrer.